Si au départ je comprenais la logique qui sous-tendait l’action de l’État concernant la pandémie et que j’y adhérais, je n’en suis plus si sûr.

Dès le départ, ce que je connais de la civilisation humaine au sens où l’entend Jared Diamond, auteur de Guns, germs and steel, m’amenait à penser sans aucun doute que nous allions éventuellement être tous contaminés. L’histoire de la civilisation est celle de la production alimentaire, ce qui implique la concentration des humains et des animaux et la corollaire contamination par les germes. L’histoire de la civilisation, c’est celle des épidémies qui nous ont ravagés par moment. Je ne m’en faisais pas avec la covid : un jour j’allais la pogner, ça me semblait inévitable, alors pourquoi s’en faire? Que será será. La douleur et la mort font partie intégrante de la vie, le nier, c’est s’éloigner du bonheur véritable, au sens où l’entend Bouddha.

Je trouvais légitime cependant qu’il y ait des règles sanitaires, dont l’infâme confinement et la conséquente descente aux enfers de la télévie (télétravail, télé-éducation, télédivertissement), dans l’optique de limiter le nombre d’hospitalisations pour un système qu’on dit déjà prêt à s’effondrer. Les conditions de travail des infirmières étaient déjà sordides, qui auraient voulu les empirer?

Selon le principe de précaution, il m’apparaissait logique d’avoir des mesures drastiques, car nous faisions face à un virus inconnu, dont il était impossible de prévoir le comportement et les conséquences à court et, a fortiori, long termes.

Cependant on m’a pointé du doigt que les chiffres concernant la mortalité causée par la covid (1 million de morts en 8 mois, donc 1,5 M/an) démontraient le fait que cette maladie n’était pas pire que le cancer (10 M/) et et que le tabagisme (8 M/an), à peine pire que le sida (0,7 M/an) et semblable à la mortalité liée aux accidents de char (1,35 M/an). Et pourtant, on ne connaît pas de mesures aussi drastiques concernant ces fléaux. (Ces taux mondiaux sont googlés, c’est pas une démarche scientifique solide, je le sais).

De plus, les chiffres concernant le Québec pour cette deuxième vague indiquent que le nombre de cas augmente, mais que le nombre de morts ne suit pas la même courbe que lors de la première vague. (Oui, je sais, j’omets les cas d’hospitalisations.) Serait-ce parce que toutes les populations vulnérables ont déjà été éliminées? Ce sont ces personnes que la santé publique aurait dû protéger en priorité au lieu de confiner l’ensemble de la société! Mais bon dans le feu de l’action, je peux comprendre qu’on ait pris une mauvaise décision.

Tout cela dit, le nouveau confinement est-il nécessaire?

On peut en douter.

Par ailleurs, sachant que le confinement est cause de détresse psychologique pour de nombreuses personnes, ces mesures m’apparaissent de plus en plus contreproductives pour le bonheur humain.

En outre, toute la problématique de la télévie est plus qu’inquiétante : la vie par écrans interposés n’est pas la vie, du moins ce n’est pas celle que je veux pour moi, mes enfants et mes amis, mais j’ose affirmer sans trop de risques de me tromper que ce n’est pas celle qui mène au bonheur du plus grand nombre.

Nous avons basculé, du jour au lendemain, dans une réalité numérique qui ne fera qu’accentuer bon nombre de problèmes déjà présents et passablement criants de notre société : entre autres, le manque de culture commune et de contacts humains, pour ne nommer que ceux-là.

Si la science et la technique ont ouvert la voie au désenchantement du monde, tel que l’expliquait Weber au XXe siècle, le virage que nous vivons actuellement risque de l’accentuer au point tel qu’on pourra désormais parler de « l’apathissement » du monde, c’est-à-dire la généralisation d’un état d’apathie des humains, condamnés à être des zombies numériques et à ne plus rien espérer de beauté, de poésie, de mystère et de magie de l’univers dans lequel ils vivent, cloisonnés que nous sommes dans nos sousréalités virtuelles par des algorithmes tyranniques (à voir : The Social Dilemma).

Cette pandémie n’est certainement pas la dernière : nous nous entassons toujours plus dans nos enclos urbains (selon Wikipédia, le taux d’urbanisation mondial a dépassé les 50% en 2007) et produisons massivement de la viande aux fins de consommation, ces concentrations ne peuvent que faire naître d’autres maladies, d’autres pandémies; c’est tout le problème des monocultures. Et nous sommes une monoculture d’humains!

Ainsi, nous devrons rester confinés pendant combien de temps? À court terme, ça passe encore (bien que ce soit déjà néfaste), mais à long terme?

Combien de temps pourrons-nous endurer la détresse psychologique que le confinement cause chez certaines populations, voire dans la population en général, avant que ça ne déraille solide?

Combien de temps accepterons-nous d’être gouvernés par les algorithmes de multinationales qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs actionnaires (et qui s’enrichissent démesurément grâce à la télévie)?

Pourquoi ne pas utiliser l’argent public qu’on a abondamment dépensé dans cette lutte pour protéger les populations à risque et améliorer notre système de santé? (Imaginez la manne de la PCU investie en santé! Je sais, la PCU est fédérale et la santé, provinciale, mais dans cette situation inédite, le fédéral aurait très bien pu proposer cet argent aux provinces, c’est son pouvoir de dépenser où il veut.) À long terme, ce sera plus bénéfique et le reste de la population pourra espérer retrouver un peu magie et de chaleur humaine malgré les affres qu’apporte toute maladie.

Je ne crois pas qu’il s’agit d’un complot, soit dit en passant.

La maladie est la chose la plus naturelle qui soit dans les conditions qui sont les nôtres.

Et le coup de cash des multinationales n’est pas un complot : c’est dans leurs gênes de chercher uniquement le profit au détriment de tout le reste, c’est écrit noir sur blanc, elles ne s’en cachent pas!

Les dirigeants? Je les crois de bonne foi — dans la mesure où les élites peuvent l’être, autrement dit : très peu — mais complètement à côté d’la track quant aux problèmes les plus alarmants de la société.

Ce deuxième confinement révèle ce qui importe pour eux (je n’avais pas besoin d’une preuve de plus, mais elle est là) : les commerces peuvent fonctionner, sauf pour la culture.

Ils ne pensent qu’à la richesse matérielle (dont un minimum est certes important pour subvenir aux besoins), mais oublient la richesse culturelle, autrement plus importante que le profit pour le bonheur humain. En fait la recherche du profit est l’antithèse de la recherche du bonheur.

(Par ailleurs, aller au cinéma ou au théâtre est pas mal plus safe que d’aller à l’épicerie, les règles de distanciation physique sont bien plus faciles à respecter.)

Et c’est tellement la culture qui fait défaut dans nos vies. Pas la culture au sens d’une rubrique de Radio-Canada, mais au sens de ce qui tisse les humains entre eux et fait qu’ils sont réellement humains, capables de goûter au bonheur de vivre ensemble sans les artifices qu’on nous propose pour nous divertir.

C’est bien le comble : le divertissement nous détourne de ce qui importe vraiment.

Nous en sommes gavés, au point d’être malades, et le confinement ne fait que l’accentuer sévèrement.

Ce monde ultra-post-moderne (whatever) qu’on nous concocte est laidtt à mourir… (Quand j’évoquais les taux de mortalité, j’ai passé sous silence celui lié au système capitaliste parce qu’il n’y a pas de statistiques sur ce phénomène, du moins, pas facilement accessible par Google.)

La télévie… télé- qui signifie « au loin, éloigné » : la vie divertie, pervertie, éloignée de ce qui compte vraiment : être centré sur le moment présent et connecté avec l’environnement social et physique réel.

Nous allons probablement voir augmenter la courbe du taux de décès pour cause de laideur dans les prochaines années si nous nous entêtons dans cette voie.

Quand est-ce qu’on va l’aplanir, celle-là?

En conclusion, je ne cherche pas à nier ou minimiser la souffrance liée à la covid, je constate simplement que le principe de précaution semble aller trop loin, que l’argent public n’est pas investi de la bonne manière et que les mesures de confinement auront des conséquences plus délétères que celles liées au virus.

One Comment

  1. Pour une analyse plus fine des stats au Québec: Hum, ça tombe à point: https://plus.lapresse.ca/screens/ed536f68-5131-4ec6-abfb-cf35d01006bd__7C___0.html

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