Posts Tagged "Éducation et (r)évolution"

L’amour, la mort pis toutt

Posted by on 10 Jan 2018 in fourre-tout | 0 comments

L’amour, la mort pis toutt

Une de mes tantes est morte dernièrement. Elle est partie sans préavis. Décédée. Disparue. Trépassée. Tant de mots qui renvoient à une réalité brutale, un passage obligé, le seul et unique « but » de la vie, entendu comme ligne d’arrivée, point final d’une expérience singulière : notre existence en tant que mortel. Les disparus ne disparaissent pas tant que ça pour ceux qui restent : le vide qu’il crée demande à être rempli de quelque chose (de tristesse, d’égarement, de questionnement, mais aussi de souvenirs heureux, de descendance, d’inspiration), comme tout vide en ce monde, puisque l’univers a horreur du vide paraît-il — bien qu’entre les particules qui nous constituent il y a un océan de vide, à donner le vertige, non? Je pense périodiquement à la mort. Pas de façon morbide ou suicidaire. C’est un sujet de réflexion qui m’habite au moins depuis l’adolescence. C’est fascinant ce phénomène… Selon les bouddhistes, méditer sur la mort est une des plus hautes formes de contemplation. Naître, souffrir et s’épanouir, mourir, voilà les plus petits dénominateurs communs des mortels. Cette tradition insiste sur une chose fondamentale : il faut s’y préparer. Peut-on vraiment se préparer à la mort? À la nôtre? À celle de nos proches? À tous ces inconnus qu’on voit passer dans le fil de l’actualité, que ce soit un être notoire que tous pleurent, un infâme que tous voient partir avec soulagement, ou ces millions d’anonymes dont peu d’émeuvent? Mes cousins ne l’ont pas vu venir. Est-ce plus difficile? On aurait tendance à croire que oui. Mais comment comparer une tristesse à une autre? Surtout, comment comparer ce qui aurait été avec ce qui est. Spéculation pour philosophe de fond de taverne, tout ça. Chose certaine, la morte existe. La douleur aussi. Il faut les regarder en face. Toujours selon la pensée bouddhiste, il y a une distinction entre douleur et souffrance. La première est une donnée inéluctable : nous sommes tous amenés à souffrir un jour ou l’autre. La seconde renvoie à la manière dont nous traitons la douleur, qui n’est au fond qu’une simple information qui parvient au cerveau : se morfondre dans la douleur ne fait qu’augmenter la souffrance, se détacher de la douleur va au contraire diminuer la souffrance. Oui, je sais : plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est là que l’on peut s’entraîner à réduire la souffrance, si on peut difficilement réduire la douleur. Comme un gymnaste de l’esprit, nous pouvons renforcer notre disposition psychologique à traiter la douleur de manière à réduire la souffrance. C’est ce que tend à démontrer les recherches en neuroscience concernant les techniques de méditation. En attendant, comme le veut la rengaine (qui reste vrai, peu importe combien de fois elle est remâchée) : aimez pendant qu’il en est encore temps, aimez sans retenue, car à l’heure de la mort, rien n’aura vraiment compté, que cela… (Au lieu de vous souhaiter bonne année! je vais vous dire bon instant...

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Urbanité et ubiquité

Posted by on 4 Déc 2013 in Lettres | 1 comment

Urbanité et ubiquité

Ou l’humanité urbi et orbi Pouvez-vous répéter la question? «Est-ce qu’une ville a une âme? Et si oui, comment faire pour l’amener sur le chemin de la croissance personnelle?» Voilà ce qui a déclenché la discussion, mais ce n’était pas le début, tant s’en faut. Comme tout pommier, les racines plongent profondément et parfois très loin sous terre, dans toutes les directions. En fait, tout a commencé avec ce conte des deux bouts du monde, de la source claire, limpide et cristalline, du pommier, du banquet… Non. À dire vrai, tout a commencé quand elle m’a contacté— C’est qui, elle? Ça, ça nous ramène encore plus loin, puisque je l’ai connue à la capoeira, lieu de rencontres résolument urbain comme il y en a tant dans nos communautés. Elle, c’est Nadia Beaudry, alias Perle Fostokjian, alias Loba (ci-après, Loba). Loba, c’est la louve du début du monde, comme dans l’histoire de Remus et Romulus, vous connaissez? Eh oui, sans la louve, pas de fondation de Rome, ni république ni empire, encore moins tous ces rêves de bâtisseurs conquérants mégalomanes élevés à même les ruines de la Ville éternelle… M’enfin, Loba m’a contacté: «Ça te dirait de participer à une table ronde ayant comme thème Science et urbanité? — Sais pas trop… Me semble j’ai pas grand-chose à dire là-dessus? (En plus, ch’ûs tellement timide… mais ça, je lui ai pas dit.) — Fais-toi-z-en pas, t’es même pas obligé de prendre la parole. — Laisse-moi y penser et je te reviens là-dessus.» Mais à ce moment précis dans ma tête le hamster s’agite: comment une table ronde où on est pas obligé de parler peut bien fonctionner?! C’est assez simple, parce que, justement, c’est libre. Voici le concept: on réunit une bande d’humains d’horizons variés, on commence la soirée dans la salle d’expo Paris en scène du Musée de la civilisation, une fille raconte un conte qui n’est pas un conte, mais trois contes en un (pommier, deux bouts du monde et banquet), de manière volontairement décousue (c’était volontaire, non?), on fait un premier tour de piste voir qu’est-ce qui jaillit spontanément, on met ça à mijoter quelques minutes, le grand groupe se divise en sous-groupes, on se pose des questions pour trouver des questions à se poser, on retourne en grand groupe et on se les pose une première fois pour voir l’effet que ça fait, le goût que ça laisse dans la bouche, pis après on vote à savoir quelle question on veut vraiment se poser. Et c’est là que ça commence. Vraiment? Oui pis non. C’est bien le début de quelque chose, mais ça fait déjà pas loin d’une heure que le processus est enclenché. La question retenue nous amène dans toutes les directions. Retour sur le pommier: les racines viennent de partout comme les branches partent dans tous les sens aussi. Pis là on jase. On se pose des questions sur la question. On tente des réponses. On raconte des anecdotes. On renchérit. On contredit. On nuance. On s’élance et on s’émeut. Mais c’est quand ça finit qu’on a vraiment l’impression que ça commence. Quelque chose comme un germe s’est déposé doucement dans les circonvolutions de notre appareil cérébral (ou est-ce dans notre âme?). Une pomme — des pommes naîtront peut-être un jour de ce pommier, et d’autres pommiers fleuriront — à moins que les pommes ne finissent au banquet! La rencontre nous rapproche, comme l’urbanité, ce tissu d’échanges spontanés ou systématiques, cahoteux et chaotiques. On tisse ensemble un récit sur le champ des possibles, sur la vision de l’unicité des multiplicités qu’est toute communauté, on fait justice à...

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Du potentiel des muffins

Posted by on 12 Avr 2012 in Politique | 3 comments

J’ai déjà dit à mes étudiants qu’il y a deux manières de voir l’éducation… Le moule à muffins La première, celle qui a malheureusement cours dans la plupart des systèmes d’éducation à travers le monde, non par malveillance, mais bien parce que notre conception de l’apprentissage date d’une autre époque et n’a malheureusement jamais été mise à jour, est celle du moule à muffins. On connaît grosso modo les besoins et les goûts des clients, on fabrique une certaine quantité de muffins au chocolat, telle autre quantité de muffins à la banane, etc. Faut qu’la pâte ‘fite’ dans l’moule. Hors du moule point de salut. Par ailleurs, l’art de la pâtisserie est passé de mode. La pâtisserie se résume trop souvent à mélanger les ingrédients adéquats à la demande en s’assurant que la cuisson soit à point. Il y aura peut-être des pertes, mais c’est pas trop grave tant que le gros de la production est potable. Le plein potentiel L’autre manière de voir l’éducation consiste à aider les êtres humains à développer leur plein potentiel. Pédagogue vient du grec paidagôgos qui a signifié «esclave chargé de conduire les enfants à l’école» (pais, «enfant»; agôgos, «qui conduit») puis «précepteur». Le dérivé paidagôgia a quant à lui pris le sens de «direction, éducation des enfants». C’est à cette idée qu’il faut revenir : l’éducateur ne donne pas une formation à des gens, mais il les conduit sur le chemin de leur développement, il est un guide et non un “limitateur” (puisque former, c’est-à-dire donner une forme, c’est délimiter, donc limiter quelque chose, non?). Un paradigme qui tue l’humain Je vous laisse sur ce vidéo (en anglais) qui traite d’un plus que nécessaire changement de paradigme en éducation. De mémoire, c’était d’ailleurs le point de vue que M. Cormier défendait dans son manuscrit : le système d’éducation scrape les humains au lieu de favoriser leur...

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Souveraineté absolue

Posted by on 20 Jan 2012 in Arts, Politique | 2 comments

Dans un livre sur le développement de l’enfant, l’auteure faisait cette distinction entre indépendance et autonomie: la première qualité, c’est cette capacité de faire les choses par soi-même, sans l’aide de personne, alors que la seconde implique de décider par soi-même ce que l’on veut faire. C’est une distinction assez différente de celle que l’on opère généralement en science politique où, en résumé, l’indépendance représente la souveraineté externe, c’est-à-dire la capacité d’agir sur la scène internationale de son propre chef, alors que l’autonomie est synonyme de souveraineté interne, soit la possibilité de gérer son territoire comme bon nous semble. Ne nous leurrons pas, de nos jours, il n’y a plus d’indépendance possible — et même l’autonomie se trouve malmenée par les flux transnationaux: le monde est de plus en plus globalisé et, à moins d’une catastrophe majeure, cette tendance lourde ira grandissante. Il faut savoir tisser des liens avec d’autres acteurs de l’échiquier global pour arriver à ses fins, c’est la seule indépendance possible. Cependant, encore faut-il être autonome et pouvoir décider par soi-même de nos fins! Qui plus est, ces fins doivent être décidées de manière démocratique, afin qu’elles représentent la volonté de plus grand nombre, pour le bien du plus grand nombre, ce que ne nous permet décidément pas le système financier actuel. La souveraineté, c’est donc le cumul de l’indépendance, de l’autonomie et de la démocratie (la vraie, pas la façade qu’on nous présente tout azimut). Cette souveraineté totale ne peut se fonder, en ultime analyse, que sur un ensemble de citoyens eux-mêmes souverains: pas des consommateurs, pas des contribuables, mais des êtres humains autonomes et critiques. Et voilà l’élément qui nous fait défaut en général. Nous sommes tellement aliénés, c’est-à-dire dépossédés de notre capacité de réfléchir et de juger sans contraintes et sans œillères des différentes options qui s’offrent à nous qu’il est impossible, dans ces conditions, d’imaginer un pays vraiment souverain. Notre système d’éducation est de plus en plus arrimé à un marché perverti par la logique du gain à court terme, lorsqu’il n’y est pas carrément soumis; notre économie (entendue au sens anthropologique comme l’ensemble des moyens que nous prenons pour vivre) est transfigurée par la mode, le prêt-à-jeter-tendance-blink-blink; notre dépendance aux autres, naturelle et presque inévitable (difficile, l’autarcie!), éclipsée par le petit confort qui mène à la grande indifférence; etc. La souveraineté, je m’efforce de la conquérir à chaque instant qui passe. C’est un combat de tous les instants, chaque victoire est éphémère et ne peut être maintenue qu’avec des efforts constants. On est loin du prêt-à-jeter. Et j’espère un jour partager un espace souverain, que l’on nommera bien comme on voudra, avec des êtres tout aussi souverains. Mais je ne m’abuse pas. Le résultat ne compte pas, c’est l’acte qui importe, c’est l’effort, c’est le processus, c’est la voie. Seul celui qui rampe ne trébuche jamais… L’un des actes les plus rebelles aujourd’hui, c’est de vivre avec moins, d’apprécier ce que l’on a, d’en être content, au lieu de courir après les mirages que les exploiteurs endimanchés nous vendent à grand renfort de pub de mauvais goût. Évidemment, je ne pense pas en convaincre mes congénères qui ne vivent que pour l’argent, mais j’aimerais au moins qu’ils me laissent vivre en paix, moi et les autres de mon espèce, et je ferai de même avec leurs lubies de médailles et de gloire. Et tout ça, c’est déjà très...

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Le poing sur la vie

Posted by on 19 Sep 2010 in Arts | 1 comment

Mon fils est fils de prof, et il me donne déjà des leçons: sur la vie. J’apprends tous les jours. Il n’y a pas de tests à proprement parler. Tout moment est un test en soi. La leçon qui revient incessamment, c’est celle de la patience. J’aurais jamais cru qu’ça puisse être si tough… Mais le fait que chaque moment soit un test comporte un élément fort appréciable: on a toujours la possibilité de se reprendre au prochain! Dernièrement, les obligations s’amoncelant comme des ordures dans le grand dépotoir qu’est notre société de consommation (lire : de gaspillage), le temps se faisant rare plus les projets s’accumulent aux côtés de la nécessité du pain et du beurre, la fatigue de la fatigue accouplée à la maladie de la maladie qui ne manque pas de s’inviter, bref, une certaine impatience (de plus) s’est emparé de moi, et je dois dire à mon grand dam que la maîtrise de soi ne se pointe pas souvent le nez à ces rendez-vous cruciaux de ma vie. Me voilà donc à bout de souffle de pogner les nerfs pour la moindre incartade. L’évasion demeure une porte de sortie, un point de fuite à l’horizon, tentatrice plus affriolante que n’importe quel naufrage dans les îles paradisiaques de nos imaginaires romantiques — l’urgence est à ce point rendu — mais la dérapade, bien que contrôlée, reste néanmoins empreinte de périls plus ou moins caustiques. Le zen n’étant peut-être véritablement accessible que dans l’austère et rigoureuse discipline monastique, on peut tout de même appliquer certains principes qui en découlent, autant que faire se peut dans les conditions qui sont nôtres: Afficher un sourire dans l’adversité. (Du reste, la psychologie expérimentale a déjà prouvé que le fait d’imiter la configuration faciale d’un sentiment fait naître ledit sentiment. Pensez-y bien.) Garder à l’esprit que peu de choses auront vraiment de l’importance lorsque nous ferons le bilan de notre existence au sortir de ce monde. (De fait, qu’est-ce qui importe vraiment? Les gens. Le vécu que l’on partage avec eux, quintessence de la vie.) En guise de conclusion, ces vers de Paulinho da Viola: «além de flores, nada mais vai no caixão»; traduction libre : outre les fleurs, rien n’entre dans le...

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N’être dénué

Posted by on 20 Mar 2010 in Arts | 3 comments

Il y a un an naissait mon fils. Contempler son évolution féconde la réflexion de manière assez intense. Cette paradoxalement lente mais fulgurante croissance a fait naître quelques constats sur la vie. Les voici. En premier lieu, le plus fascinant, c’est les millénaires d’évolution de l’humanité que l’on revit en accompagnant le développement de sa petite bête. Il naît adapté à l’eau, être aquatique dont les mouvements erratiques rappellent plus les coups de nageoire — on dirait quasiment qu’il a les mains et les pieds palmés! — que le déplacement terrestre, il faut un bon six mois avant de franchir une autre étape. Il se met alors à ramper. C’est comme si on assistait à la sortie de nos ancêtres de l’eau, lorsqu’ils se sont mis à ramper sur la terre pour une obscure raison (sûrement pour trouver à manger, quelle autre motivation?). Quelque trois mois plus tard, de créature rampante il devient quadrupède. Ses déplacements sont alors plus vifs, il commence à découvrir “le monde d’en haut”, puis bientôt il s’agrippe un peu partout pour tenter de se hisser vers ces sommets inatteignables. Ce qui le mène rapidement vers la dernière étape : la bipédie. Un an après sa naissance, le voilà homo erectus. Des millions d’années d’évolution résumées en neuf mois de vie utérine et douze terrestres. Des âges incommensurables en 21 mois. L’autre fait qui découle du premier, c’est que l’être humain parmi les bêtes naît dénué. La plupart des animaux, après quelques minutes ou quelques heures, savent se déplacer (il y a les oiseaux qui sont dans la même situation que nous, et sûrement d’autres, mais disons qu’ensemble nous formons l’exception). De toute façon, de l’ensemble du règne animal, nous sommes les seuls qui élevons nos petits pendant tant d’années. Ce qui m’amène au dernier constat : on dirait que plus l’évolution technologique est grande, plus la dépendance et l’immaturité de l’humain se prolongent. Il n’y a pas si longtemps, les individus, très tôt, étaient considérés autonomes, en âge de se marier, de fonder une famille et de commencer leur vie. Nous semblons devenir matures de plus en plus tardivement à mesure qu’augmente la quantité de technologie à maîtriser pour être considérés capables et autonomes. Les outils, en effet, sont des prothèses qui pallient notre dénuement. Une voiture nous permet d’aller plus loin plus vite, une arme nous donne la possibilité de mieux attaquer ou de mieux nous défendre, la machinerie lourde élève nos édifices, les paquebots transportent nos marchandises, etc. Et que dire des technologies informatiques! Évidemment, personne ne doit maîtriser toutes ces technologies; c’est donc finalement la complexité du monde — sans cesse croissante — qu’il nous faut intégrer avant de pouvoir naviguer de nos propres voiles. Toute cette somme de connaissances, nous devons l’assimiler avant d’être totalement fonctionnels. Pas étonnant que l’âge de fonder une famille et d’amorcer notre propre vie soit sans cesse repoussé. Le singe nu doit se parer avant d’affronter le...

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Éloge de l’anomalie

Posted by on 14 Jan 2010 in Lettres | 2 comments

La nature s’enrichit de la bizarrerie, comme Foglia nous le rappelle — en ses mots si colorés — dans un article où il déclare: «Je suis, moi, furieusement pour les anomalies.» Son propos concerne la langue. Moi aussi, j’aime les anomalies du français, ses règles obscures, sa graphie incongrue et ses accents déroutants, sans parler de son étymologie dédaléenne. C’est joli, toutes ces cicatrices que la vie a laissées sur la langue. Et l’on sait bien que notre richesse, c’est précisément notre différence et notre complexité. Si l’on cherche à simplifier une langue, ne la dénaturons pas un peu? … D’accord, je suis décidément trop romantique. Les langues changent, elles vont et viennent. On les ressuscite parfois. (Ou — sacrilège — on tente de les exterminer!) De toute façon, je ne cherche pas ici à me faire l’avocat des obsolescences linguistiques. C’est simplement que le texte de Foglia m’a rappelé cette notion qui prenait la poussière dans l’étagère de mon esprit: L’anomalie comme source de richesse et d’évolution. Ne dit-on pas que l’on apprend plus de nos erreurs que de nos...

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Philopoétique bruceleeenne

Posted by on 28 Juil 2009 in Arts, Lettres | 1 comment

En faisant quelques recherches sur les arts martiaux, je me suis penché sur la figure de Bruce Lee. Une légende. Voire un mythe — entendu ici au sens de «récit symbolique qui donne un sens à la vie, à l’action». Tout le monde connaît la façade, certes, mais je crois que bien peu connaissent qui se cache derrière: quelqu’un qui a longuement réfléchi sur les arts martiaux, il va de soi, mais également sur la vie et l’art en général. En écoutant des entrevues, j’ai trouvé qu’il avait un discours articulé. J’ai donc fouillé un peu plus loin pour découvrir qu’il avait fait des études supérieures en philosophie à l’université de Washington. Réellement intrigué par ce qu’il avait pu écrire, je me suis procuré un bouquin (Bruce Lee: Artist of Life, de John Little, éditions Tuttle) rassemblant une pléthore de textes sur des sujets franchement variés: kung-fu, philosophies orientale et occidentale, psychologie, poésie (eh oui, Bruce était poète!), jeet kune do, développement personnel et comédie. Cet être phénoménal s’était tracé comme ligne de conduite de trouver un idéal qui saurait transcender et regrouper toutes ses entreprises et ses actions. Rien de moins. Et moi qui adore les utopies holistiques! Est-ce vraiment une utopie, avec cette connotation d’irréalisable? Non. Lee travaillait chaque jour à la réalisation, à l’actualisation de cet idéal. À en juger par l’onde de choc que sa brève existence a créée, cet objectif est en partie atteint. Évidemment, je ne peux passer sous silence ses prouesses physiques, au premier plan, sa vitesse extraordinaire. Tellement rapide, le gars, que l’on devait filmer certaines scènes en 32 images/seconde au lieu du traditionnel 24 images/seconde, sinon ses mouvements étaient flous à l’écran! Bruce pouvait lancer un grain de riz dans les airs et le rattraper avec des baguettes chinoises. Sa force était également exceptionnelle. Par exemple, les fameux pushups à une main, où il n’utilisait que l’index et le pouce. Et je vous invite à aller voir son fameux « one inch punch« . Voici quelques citations tirées d’un texte intitulé «Toward personal liberation» qu’il a écrit pour la revue Black Belt: «Truth is a pathless road.» «The individual is always more important than the system.» «I cannot teach you; only help you to explore yourself. Nothing more.» «Style should never be the gospel truth.» «Combat, like freedom, is something that cannot be preconceived.» «Combat “as is” is total (including all “that is” as well as all “that is not”) without favorite lines or angles, having no boundaries and always fresh and alive; it is never set and is constantly changing.» «Drilling on routines and set patterns will eventually make a person good according to the routines and set patterns, but only self-awareness and self-expression can lead to truth.» «In any physical movement there is always a most efficient and alive manner for each individual to accomplish the purpose of the performance, that is, in regard to proper leverage, balance in movement, economical and efficient use of motion and energy, and so forth. Live, efficient movement that liberates is one thing; sterile classical sets that bind and condition are another. Also, there is a subtle difference between “having no form” and having “no-form”; the first is ignorance, the second transcendence.» «A teacher, a good teacher that is, functions as a pointer to truth, but not as a giver of truth. He employs a minimum of form to lead his students to the formless. Furthermore, he points out the importance of being able to enter a mold without being imprisoned by it; or to follow the principle without being bound by them.» «Above...

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Exponentiellement dépassé

Posted by on 11 Déc 2008 in Arts | 4 comments

Quelqu’un m’a fait découvrir le vidéo Did You Know? du groupe Shift Happens, qui veut repenser l’éducation en fonction du changement technologique opérant à travers le monde. Le ton alarmiste que peut prendre ce genre de discours (ce n’est pas le cas de ce vidéo) me fait souvent réfléchir. Chaque génération se sent dépassée par les changements de son époque. Les défis que posent ces transformations semblent souvent insurmontables, mais ils ne le sont pas: si nous les considérons ainsi, ils cessent d’être des défis. Un problème qui n’a pas de solution n’est pas un problème, c’est simplement une catastrophe — un événement intrinsèquement inéluctable. Pourtant, l’humain se trouve sur terre depuis des milliers d’années et, bien que la situation demeure loin de l’idéal, la race survit. Depuis que l’humain a découvert l’usage du feu, il s’est embarqué sur la route de l’outillage. L’outil engendre cependant un paradoxe: inventé pour faciliter la vie de l’humain, il assujettit celui-ci en retour. Il complexifie l’environnement autant qu’il simplifie certaines tâches. L’outil n’est rien de moins qu’une prothèse qui pallie nos faiblesses, et comme toute prothèse, ce n’est qu’une solution imparfaite. La complexification de l’environnement a pour effet d’aliéner les générations antérieures aux changements, qui se sentent dès lors dépassées, et crée des problèmes insolubles (ou paraissant comme tels) pour les générations postérieures. Qui plus est, les conséquences de ces problèmes ne se font pas sentir immédiatement, et l’humain ne voit rien venir parce qu’il a développé une très grande capacité d’action, mais une relativement faible capacité de prévision. Cet état de fait change tranquillement. Il y a 30 ans, seuls quelques illuminés parlaient d’écologie. Aujourd’hui, tout le monde se clame vert. La civilisation ne demeure toutefois qu’un mince vernis — à peine quelques milliers d’années sur une évolution qui en compte des centaines de milliers. Dieu seul sait faire des miracles. L’humain doit se contenter d’outils. Aujourd’hui, les multinationales dominent le monde. Hier, c’était les seigneurs féodaux, guère mieux que des brigands qui avaient compris qu’au lieu de piller la population, ils pouvaient demander un tribut en échange de “protection” — c’était beaucoup moins fatigant et ça régularisaient les revenus. Enfin, qui a dit que l’humanité devait survivre? Comme une réaction chimique, notre but réside peut-être dans la transfiguration même de ce monde que nous parasitons… Cela dit, nous pouvons tout de même tenter de repousser l’apocalypse. En terminant, je vous laisse sur une citation de Socrate: «Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans.» Me semble j’ai déjà entendu ça quelque part… comme quoi ça fait longtemps que le monde va...

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Qu’est-ce qu’un batizado?

Posted by on 1 Oct 2007 in Arts, Lettres | 1 comment

(Discours d’introduction au batizado de capoeira) Pour bien comprendre ce qu’est un batizado, encore faut-il savoir ce qu’est la capoeira. Ce discours n’est pas destinée aux initiés, mais plutôt aux parents et amis pour qui, même s’ils en ont peut-être déjà entendu parler, cette activité reste malgré tout un peu nébuleuse. La capoeira, c’est la réponse des êtres humains face à une grande tragédie: la suppression de leur liberté. En effet, c’est au sein du système esclavagiste portugais, à l’époque coloniale du Brésil, qu’est né cet art, comme bien d’autres qui en partagent certaines caractéristiques. Comme la capoeira, la samba, le maculelê et le maracatu sont tous des traditions d’inspiration africaine. Confronté à un monde nouveau, qui devait être étrange et hostile, les esclaves ont inventé ces traditions afin de recréer un univers social et une identité qui leur soient propres. C’est de l’invention de nouvelles traditions inspirées des cultures indigènes, africaines et européennes qu’est né le véritable Brésil, celui du peuple. Pour prendre l’exemple du maculelê, l’observateur y décèlera dans l’atmosphère une influence indigène, dans les mouvements, une inspiration africaine et, dans les chants, une note portugaise. Sans oublier de mentionner les bâtons de bois, qui représentent les machettes avec lesquelles les esclaves coupaient la canne à sucre, véritable symbole du passé colonial. Cependant, contrairement au maculelê et aux autres traditions brésiliennes, la capoeira présente plusieurs aspects supplémentaires. Au-delà de la danse, de la musique et des chants, il y a les acrobaties, les prouesses physiques, la lutte et, plus fondamentalement, le jeu. Plus précisément encore, la capoeira, c’est essentiellement un rituel. Et si on parle de rituel, cela présuppose une allégorie, un récit symbolique qui donne un sens aux actions, un récit qui doit être réactualisé à chaque fois que le jeu a lieu, peu importe l’endroit, peu importe l’époque et, surtout, peu importe les acteurs qui y prennent part. Ce récit de la capoeira, c’est celui de l’esclave en quête de libération. Au sens propre, c’est la libération du corps, mais au sens figuré, c’est aussi celle de l’esprit. Le capoeiriste cherche ainsi à s’affranchir de toute contrainte, il cherche la liberté du mouvement et de la pensée. En repoussant sans cesse ses limites, il redéfinit la frontière entre le possible et l’impossible. C’est très certainement l’une des raisons qui expliquent la popularité actuelle de cet art à travers le monde. De l’histoire contemporaine de la capoeira, il faut retenir que deux styles sont nés au XXe siècle, chacun ayant un représentant désormais célèbre: la capoeira angola, rendue fameuse sous l’égide du maître Pastinha, et la capoeira regional, créée et diffusée par le maître Bimba. Bien qu’il ait pu y avoir des conflits entre les représentants des deux tendances, le bon capoeiriste se doit de connaître et de valoriser chacune d’elle. C’est du moins la philosophie de notre école, Sul da Bahia. Quant à l’événement nommé batizado, c’est au maître Bimba que revient le mérite de l’avoir inventé. De fait, il comporte deux réalités: un rituel d’initiation, le batizado, qui signifie « baptême » en portugais, et un rituel de passage, nommé plus prosaïquement changement de corde. L’événement vise plusieurs objectifs. C’est pour ouvrir le cercle quelque peu hermétique de la capoeira aux non-initiés, les parents, les conjoints et les amis, afin que ceux-ci puissent apprécier les efforts de leurs proches. C’est aussi l’occasion d’inviter les maîtres, les professeurs et les élèves de l’extérieur pour leur montrer le travail accompli lors de la dernière année. Toutefois, le rituel existe principalement pour que les élèves puissent démontrer leurs progrès aux maîtres et pour que ceux-ci leur fassent comprendre qu’ils ont encore...

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