Posts Tagged "Enfance et paternité"

Tripper des bulles

Posted by on 1 Oct 2010 in Lettres | 0 comments

Ouuuuh, vieille expression douteuse que je ressors des boulàmites! Tripper des bulles signifiait littéralement «1. avoir un peu trop de plaisir; 2. déconner; 3. avoir trop pris de drogue» à une époque où la socialisation primait sur toute autre considération, c’est-à-dire au secondaire. Ce préambule n’a de but que de fournir un contexte cognitif à mon titre, mais le véritable propos de ce billet sur le fly, c’est le suivant. Je suis au parc avec mon fils, et comme d’habitude j’ai apporté plein de jouets pour le divertir et ouvrir ses petits horizons. Un de ces jouets, fourni par granmman, se trouve être une patente à faire des bulles de savon géant. Je me mets à faire des tas de bulles. Lyrio cour dans tous les sens pour les attrapper ou alors il veut les faire lui-même, ce dont il n’est pas encore vraiment capable. Ça prend pas trop de temps pour que les quelques ados blasés qui vedgent dans la cour d’école retrouve illico leur esprit d’enfant et se mettent à courir en malade, riant et pétant des bulles. Mon fils est subjugué. Il en oublie les bulles tellement les grands l’impressionnent. Et moi j’observe la scène en me disant que ces pauvres ados blasés feraient bien de s’acheter des patentes à faire des...

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Le poing sur la vie

Posted by on 19 Sep 2010 in Arts | 1 comment

Mon fils est fils de prof, et il me donne déjà des leçons: sur la vie. J’apprends tous les jours. Il n’y a pas de tests à proprement parler. Tout moment est un test en soi. La leçon qui revient incessamment, c’est celle de la patience. J’aurais jamais cru qu’ça puisse être si tough… Mais le fait que chaque moment soit un test comporte un élément fort appréciable: on a toujours la possibilité de se reprendre au prochain! Dernièrement, les obligations s’amoncelant comme des ordures dans le grand dépotoir qu’est notre société de consommation (lire : de gaspillage), le temps se faisant rare plus les projets s’accumulent aux côtés de la nécessité du pain et du beurre, la fatigue de la fatigue accouplée à la maladie de la maladie qui ne manque pas de s’inviter, bref, une certaine impatience (de plus) s’est emparé de moi, et je dois dire à mon grand dam que la maîtrise de soi ne se pointe pas souvent le nez à ces rendez-vous cruciaux de ma vie. Me voilà donc à bout de souffle de pogner les nerfs pour la moindre incartade. L’évasion demeure une porte de sortie, un point de fuite à l’horizon, tentatrice plus affriolante que n’importe quel naufrage dans les îles paradisiaques de nos imaginaires romantiques — l’urgence est à ce point rendu — mais la dérapade, bien que contrôlée, reste néanmoins empreinte de périls plus ou moins caustiques. Le zen n’étant peut-être véritablement accessible que dans l’austère et rigoureuse discipline monastique, on peut tout de même appliquer certains principes qui en découlent, autant que faire se peut dans les conditions qui sont nôtres: Afficher un sourire dans l’adversité. (Du reste, la psychologie expérimentale a déjà prouvé que le fait d’imiter la configuration faciale d’un sentiment fait naître ledit sentiment. Pensez-y bien.) Garder à l’esprit que peu de choses auront vraiment de l’importance lorsque nous ferons le bilan de notre existence au sortir de ce monde. (De fait, qu’est-ce qui importe vraiment? Les gens. Le vécu que l’on partage avec eux, quintessence de la vie.) En guise de conclusion, ces vers de Paulinho da Viola: «além de flores, nada mais vai no caixão»; traduction libre : outre les fleurs, rien n’entre dans le...

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N’être dénué

Posted by on 20 Mar 2010 in Arts | 3 comments

Il y a un an naissait mon fils. Contempler son évolution féconde la réflexion de manière assez intense. Cette paradoxalement lente mais fulgurante croissance a fait naître quelques constats sur la vie. Les voici. En premier lieu, le plus fascinant, c’est les millénaires d’évolution de l’humanité que l’on revit en accompagnant le développement de sa petite bête. Il naît adapté à l’eau, être aquatique dont les mouvements erratiques rappellent plus les coups de nageoire — on dirait quasiment qu’il a les mains et les pieds palmés! — que le déplacement terrestre, il faut un bon six mois avant de franchir une autre étape. Il se met alors à ramper. C’est comme si on assistait à la sortie de nos ancêtres de l’eau, lorsqu’ils se sont mis à ramper sur la terre pour une obscure raison (sûrement pour trouver à manger, quelle autre motivation?). Quelque trois mois plus tard, de créature rampante il devient quadrupède. Ses déplacements sont alors plus vifs, il commence à découvrir “le monde d’en haut”, puis bientôt il s’agrippe un peu partout pour tenter de se hisser vers ces sommets inatteignables. Ce qui le mène rapidement vers la dernière étape : la bipédie. Un an après sa naissance, le voilà homo erectus. Des millions d’années d’évolution résumées en neuf mois de vie utérine et douze terrestres. Des âges incommensurables en 21 mois. L’autre fait qui découle du premier, c’est que l’être humain parmi les bêtes naît dénué. La plupart des animaux, après quelques minutes ou quelques heures, savent se déplacer (il y a les oiseaux qui sont dans la même situation que nous, et sûrement d’autres, mais disons qu’ensemble nous formons l’exception). De toute façon, de l’ensemble du règne animal, nous sommes les seuls qui élevons nos petits pendant tant d’années. Ce qui m’amène au dernier constat : on dirait que plus l’évolution technologique est grande, plus la dépendance et l’immaturité de l’humain se prolongent. Il n’y a pas si longtemps, les individus, très tôt, étaient considérés autonomes, en âge de se marier, de fonder une famille et de commencer leur vie. Nous semblons devenir matures de plus en plus tardivement à mesure qu’augmente la quantité de technologie à maîtriser pour être considérés capables et autonomes. Les outils, en effet, sont des prothèses qui pallient notre dénuement. Une voiture nous permet d’aller plus loin plus vite, une arme nous donne la possibilité de mieux attaquer ou de mieux nous défendre, la machinerie lourde élève nos édifices, les paquebots transportent nos marchandises, etc. Et que dire des technologies informatiques! Évidemment, personne ne doit maîtriser toutes ces technologies; c’est donc finalement la complexité du monde — sans cesse croissante — qu’il nous faut intégrer avant de pouvoir naviguer de nos propres voiles. Toute cette somme de connaissances, nous devons l’assimiler avant d’être totalement fonctionnels. Pas étonnant que l’âge de fonder une famille et d’amorcer notre propre vie soit sans cesse repoussé. Le singe nu doit se parer avant d’affronter le...

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Venir au monde

Posted by on 13 Mar 2009 in Lettres | 4 comments

Nous y sommes. L’Apocalypse a eu lieu. Notre ancienne vie laissée derrière nous, nous entrons de plain-pied dans cette ère nouvelle : notre fils est né. Mon nouvel amour. Le coup de foudre. J’ai senti une force indicible jaillir en moi lorsqu’il a pointé sa tête sur le seuil de la vie, alors que sa mère donnait tout ce qu’elle avait à donner. Chaque fibre de son corps déployait l’absolue totalité des ressources dont elle disposait. Tout tendait vers un seul but. Une seule direction. Dehors. Au monde. Peu de temps auparavant, dans cette phase de la poussée, la sage-femme s’est tournée vers moi. «C’est ta femme, m’a-t-elle dit en me fixant du regard, dans toute sa force… (pause dramatique) …et sa vulnérabilité.» Oui. Je vois. Je contemple, même. Je ne comprends pas — je ressens. Je sais, je crois savoir, mais je ne saurai jamais vraiment ce que c’est. Je passe cette nuit-là à veiller sur mon amour. À la lueur des chandelles, j’observe une véritable vigile pour ce passage initiatique non dénué de périls, avant de vraiment pouvoir célébrer la vie dans toute sa splendeur. C’est d’une beauté incomparable, cette force. C’est tout simple, si primitif. Elle est nue. Elle va mettre au monde à la sueur de son front, sans plus de raffinement technologique que nos ancêtres (ou à peine, mais le poète en fait fi). Et lui va y venir, au monde, de la même manière. La Maison de naissances, quel lieu magnifique. Un endroit dédié à une seule fonction, celle d’aider les parents — les femmes en premier lieu — à donner la vie de la manière la plus simple qui soit, celle que la nature a prévue et qui fonctionne à merveille dans la majorité des cas, une tradition millénaire ayant maintes fois fait ses preuves (et pour les complications, vive la médecine, tout de même). Et les sages-femmes, elles sont tout simplement majestueuses, telles des prêtresses qui officient le plus sacré des rites sur terre. Leur présence, leurs connaissances, leur empathie, les bons mots — et les silences! — aux bons moments, tout leur être concoure à mener le frêle esquif de la vie au travers cet ardu passage. Quand je vois enfin sa tête poindre, je ne peux retenir mon émotion, et les larmes se précipitent sur mon visage béat. Quelques minutes plus tard, nous sommes tous les trois collés l’un sur l’autre. Ils vivent. Je pleure. Mes amours sont admirables… Cette émotion m’habite toujours — je n’ai qu’à songer à ces instants de magie arcane et millénaire pour que les larmes menacent de refaire surface — et je connais maintenant le secret de la vie. Je suis venu au monde en même temps que mon...

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Je le sens bouger…

Posted by on 28 Oct 2008 in Arts | 2 comments

«Je le sens bouger dans mon ventre!» m’écriai-je l’autre jour. Euh, non. Finalement, c’était les papillons dans l’estomac. C’est fou, depuis que je l’ai vu en action lors de l’échographie, le fait d’être père est devenu passablement plus concret — en plus de savoir que c’est un gars. Je peux maintenant imaginer, visualiser cette vie prochaine, la sienne, la mienne, la nôtre. Et comme le ventre de ma douce grossit maintenant à vue d’œil (ou presque) et qu’elle sent de plus en plus les mouvements de la crevette, celle-ci m’apparaît de moins en moins théorique. Le fait de l’avoir vue m’aide à me l’imaginer de manière concrète, cette petite vie intra-utérine faite de mouvements ultras saccadés. Est-ce un présage? Ou les têtards de cette taille bougent-ils tous avec cette même détermination? D’accord, je ne le sens pas dans mon ventre, j’affirme cependant qu’il a déjà commencé à bouger dans mon cœur. Et non, il n’a pas encore de...

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Un petit coeur bat la chamade

Posted by on 12 Sep 2008 in Arts, Lettres | 4 comments

Chamade aurait été repris de l’italien du nord ciamada, vers 1570 en tant que terme militaire (comme bien d’autres termes à l’époque, semble-t-il), provenant lui-même du latin chiamare, qui signifie «clamer». Au début, la chamade désignait une batterie de tambour et une sonnerie de trompette annonçant le désir de parlementer, ou la reddition des occupants d’une place forte lors d’un siège. Aujourd’hui, on ne retrouve plus ce mot que dans l’expression battre la chamade, en parlant d’un cœur qui bat vite ou fort. Il est intéressant de noter le rapprochement avec le terme portugais chamada, signifiant «appel», et qui désigne un moment dans la capoeira angola où l’un des joueurs invite l’autre à faire une pause. Cette pause sert à couper le jeu par un mouvement qui va à l’encontre des règles du rituel. Au lieu d’une série de mouvements imprévisibles, la chamada se constitue d’un va-et-vient prévisible, et alors que le jeu comporte un aspect martial, la chamada se veut un moment pacifique. Évidemment, comme toute règle en capoeira, celle-ci existe pour être brisée par qui se considère comme prêt à en assumer les conséquences. C’est pourquoi il faut être constamment sur ses gardes, car la chamada se termine inévitablement par une attaque. Cette attaque peut être feinte, auquel cas elle ne sert qu’à signifier que le jeu reprend son cours, ou bel et bien réelle. Trêve d’explications historique et culturelle. L’autre jour, j’ai entendu un petit cœur qui m’appelait, et le mien s’est mis à battre la chamade. Comment une créature qui n’a même pas la taille d’un deux piastres peut-elle contenir un moteur qui vrombit avec une telle intensité?! Vous l’aurez deviné, chers lecteurs, la paternité — lourd fardeau et merveilleuse aventure — est...

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