Lettres

Tout ce qui a trait à la littérature, à la littératie et à la culture en général

Tant qu’y’aura une route à suivre…

Posted by on 15 Déc 2016 in Lettres | 0 comments

Tant qu’y’aura une route à suivre…

Déménager du stock d’une place à l’autre, beau prétexte pour prendre la route… Surtout si ça nous permet de contempler des paysages comme ça : Quelque part aux confins de la Beauce et de Bellechasse, j’ai commencé à voir surgir dans mon windshield de spectaculaires collines aux boisés lourds de neige. Passé Lac-Etchemin, je me suis aventuré sur des rangs où la blancheur étincelante offrait un contraste saisissant avec le ciel ouaté de gris et de bleu et où perçait parfois quelque cascade de soleil, véritable zeste piquant au milieu de la froidure. J’y ai vécu un des enthousiasmes les plus débiles de ma vie tant chaque courbe m’aspirait dans un nouveau décor où toutes les aventures en puissance gisaient tapies sous la nappe blanche ou les sombres échines courbées des branches qui ployaient avec l’hivernale apesanteur. Cet émerveillement, c’est la naissance de toute littérature, de tout conte, de tout récit; oubliant momentanément mes objectifs bien terre-à-terre de simple déménageur du dimanche, je rêvais que la route me mène à une petite chaumière emmitouflée de cette chape cristalline immaculée et chauffée à blanc par un âtre sans prétention, une plume prête à valser sur le papier vierge d’où pourraient jaillir mille gestes, mille joies et mille Géhennes. Le déplacement, qu’il soit à pied ou en véhicule, nous donne l’extraordinaire occasion de sortir de notre sentier quotidien rebattu par nos sempiternelles tracks de CD usés pour laisser l’esprit autrement encarcané vagabonder à souhait au gré des caprices du paysage, véritables miettes de bonheur qu’on peut suivre tel un petit Poucet qui veut retracer ses pas jusqu’à l’origine de la vie. Tant qu’y’aura une route à suivre, peu importe la destination, je pourrai...

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La vie moins rêche

Posted by on 2 Déc 2016 in Lettres | 0 comments

La vie moins rêche

Je me lasse d’être lâche— le morceau avant qu’y soit trop tard, y’est jamais trop tôt pour recommencer sa vie à nouveau: mieux vaut tard que jamais pour le vieux motard que j’étais, sans regard en arrière, si tu fais fausse route, fais marche arrière, reste pas assis sur ton derrière, une déroute, c’est pas perdre la guerre: tiens-toi deboutt, même de peine et de misère, mille fois relève-toi coûte que coûte; tu trouveras le repos dans l’outre-tombe, dans un autre monde est possible, fixe la cible et recommence autant de fois qu’il le faut, passe au crible chaque pensée, chaque geste, chaque mot, et polis tes politesses; ta vie est un livre dont vous êtes le héros, si tes aventures se terminent dans d’atroces souffrances, recommence à zéro, la délivrance est pas au boutt du rouleau, l’espoir du Grand Soir est un faux— pas de plus dans l’erreur est humaine, l’errance est saine pour le héros en quête du Vrai, du Bon, du Beau: dans les sentiers battus point de salut; lâche prise et prise l’acharnement dans l’art de la prise de risque rien n’a rien; le hasard, les aléas, les coïncidences, la chance n’existent pas: rien n’arrive pour rien, toutt est dans toutt, l’arbre est dans ses feuilles et tu dois faire ton deuil; la vie n’est pas un roman: il n’y a pas de fin, encore moins de moyens d’y parvenir, personne ne vit heureux jusqu’à la fin des temps, même en ayant beaucoup d’enfants, il n’y a pas de Grand Soir, mais plein de petites matinées ensoleillées alimentant l’espoir qui avec l’amour et l’eau fraîche rendent la vie moins...

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Urbanité et ubiquité

Posted by on 4 Déc 2013 in Lettres | 1 comment

Urbanité et ubiquité

Ou l’humanité urbi et orbi Pouvez-vous répéter la question? «Est-ce qu’une ville a une âme? Et si oui, comment faire pour l’amener sur le chemin de la croissance personnelle?» Voilà ce qui a déclenché la discussion, mais ce n’était pas le début, tant s’en faut. Comme tout pommier, les racines plongent profondément et parfois très loin sous terre, dans toutes les directions. En fait, tout a commencé avec ce conte des deux bouts du monde, de la source claire, limpide et cristalline, du pommier, du banquet… Non. À dire vrai, tout a commencé quand elle m’a contacté— C’est qui, elle? Ça, ça nous ramène encore plus loin, puisque je l’ai connue à la capoeira, lieu de rencontres résolument urbain comme il y en a tant dans nos communautés. Elle, c’est Nadia Beaudry, alias Perle Fostokjian, alias Loba (ci-après, Loba). Loba, c’est la louve du début du monde, comme dans l’histoire de Remus et Romulus, vous connaissez? Eh oui, sans la louve, pas de fondation de Rome, ni république ni empire, encore moins tous ces rêves de bâtisseurs conquérants mégalomanes élevés à même les ruines de la Ville éternelle… M’enfin, Loba m’a contacté: «Ça te dirait de participer à une table ronde ayant comme thème Science et urbanité? — Sais pas trop… Me semble j’ai pas grand-chose à dire là-dessus? (En plus, ch’ûs tellement timide… mais ça, je lui ai pas dit.) — Fais-toi-z-en pas, t’es même pas obligé de prendre la parole. — Laisse-moi y penser et je te reviens là-dessus.» Mais à ce moment précis dans ma tête le hamster s’agite: comment une table ronde où on est pas obligé de parler peut bien fonctionner?! C’est assez simple, parce que, justement, c’est libre. Voici le concept: on réunit une bande d’humains d’horizons variés, on commence la soirée dans la salle d’expo Paris en scène du Musée de la civilisation, une fille raconte un conte qui n’est pas un conte, mais trois contes en un (pommier, deux bouts du monde et banquet), de manière volontairement décousue (c’était volontaire, non?), on fait un premier tour de piste voir qu’est-ce qui jaillit spontanément, on met ça à mijoter quelques minutes, le grand groupe se divise en sous-groupes, on se pose des questions pour trouver des questions à se poser, on retourne en grand groupe et on se les pose une première fois pour voir l’effet que ça fait, le goût que ça laisse dans la bouche, pis après on vote à savoir quelle question on veut vraiment se poser. Et c’est là que ça commence. Vraiment? Oui pis non. C’est bien le début de quelque chose, mais ça fait déjà pas loin d’une heure que le processus est enclenché. La question retenue nous amène dans toutes les directions. Retour sur le pommier: les racines viennent de partout comme les branches partent dans tous les sens aussi. Pis là on jase. On se pose des questions sur la question. On tente des réponses. On raconte des anecdotes. On renchérit. On contredit. On nuance. On s’élance et on s’émeut. Mais c’est quand ça finit qu’on a vraiment l’impression que ça commence. Quelque chose comme un germe s’est déposé doucement dans les circonvolutions de notre appareil cérébral (ou est-ce dans notre âme?). Une pomme — des pommes naîtront peut-être un jour de ce pommier, et d’autres pommiers fleuriront — à moins que les pommes ne finissent au banquet! La rencontre nous rapproche, comme l’urbanité, ce tissu d’échanges spontanés ou systématiques, cahoteux et chaotiques. On tisse ensemble un récit sur le champ des possibles, sur la vision de l’unicité des multiplicités qu’est toute communauté, on fait justice à...

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Le hameau des ombres

Posted by on 11 Juil 2013 in Lettres | 0 comments

Ne restait plus rien. Ou presque. Le gars qui m’a vendu sa maison était soulagé, d’un soulagement égal à qui a traversé le désert pendant plus longtemps qu’il le devrait et mes piastres avaient l’effet de trop d’eau déversé à même le goulot sur sa tête dénudé… Car il avait autant de cheveux qu’il y avait d’habitants au hameau de Saint-Nil. C’est pas peu dire. Pour moi, c’était une occasion, ou tout comme. J’avais pas beaucoup d’argent et il vendait pas cher, content de se débarrasser de ce poids qui pesait de plus en plus lourd au fur et à mesure que l’exode empirait. Bientôt, le Québec se résumerait à quelques grandes villes et des régions vides de gens. On dit que Saint-Nil, à son époque de gloire, devait compter quelque trois milliers d’âme. Lorsque j’ai acheté la vieille maison, ne restait plus que des centaines. Aujourd’hui, alors que j’écris ces lignes, ce sont des dizaines. Autant dire que c’est un village fantôme, car on croise rarement quelqu’un dans les parages. La seule activité se résume à des ombres qui guettent l’heure de la mort, inquiets d’être encore là alors que tout le monde a tout oublié et que même les souvenirs se sont enfuis, enfouis au loin, en des lieux où les vivants pourraient les chérir en paix. Ces ombres sont parfois troublées par une voiture égarée qui passe par la rue principale en quête d’une destination quelconque. Dans le calme de la nature sauvage qui a repris ses droits, on entend le vrombissement lointain du moteur qui fait l’effet d’une rumeur sur la plaine. Tranquillement l’engin se rapproche et l’atmosphère se trouble : qui peut bien venir agiter de ses vibrations indues l’atmosphère de mort qui règne en maître sur ces lieux? Puis, la machine et son vacarme sont déjà repartis, les ombres exaspérées retournent à leur lubies méditatives : le bolide ne venait pas ici. Il ne faisait que passer. Et déjà la poussière retombe. Mais même cela est appelé à cesser, car bientôt il ne restera plus aucune destination, même éloignées, qui ferait que quelqu’un, même en le voulant, pourrait se perdre par ici. Tout sera oublié, les pissenlits reconquerront l’asphalte. Le passage de la civilisation sera tranquillement mais inexorablement sublimé dans la rampante...

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Montée de lettre sur la mort des lettres restée lettre morte

Posted by on 21 Mai 2013 in Lettres | 5 comments

Ça y est, ils ont tué le programme Art et lettres au cégep… Qui ça, «ils»? Les légions de zombies aliénés… Personne, donc. C’est-à-dire qu’aucun vivant n’a tué les lettres, que ceux qui vivent s’en émeuvent de cette mort des lettres et que ceux qui tuent font déjà partie intégrante — intégriste — de ceux qui ne vivent plus que par procuration et qui s’en foutent, de cette mort lettrée, de cette grave mort gravée en toutes lettres. Les zombies ont tué les lettres. Et ce faisant, l’institution du début (possible) de l’instillation d’un esprit critique par voie des lettres est morte avec la mort des lettres… Et c’est passé comme une lettre à la poste. Ou plutôt comme un post sur Facebook. L’actualité s’est brièvement animée d’une intense montée de lettres, pour, la vague passée, sombrer dans l’oublie des publications passées, donc désuètes, l’équivalent des limbes dans notre culture de l’abrévié, montée de lettres sur la mort des lettres restée lettre morte, donc. Lisez — si vous avez encore quelque pouls — Foglia. Oui, celui qui de pouls ferait sursauter n’importe quel zombie — si seulement il savait lire — et qui cherche des poux à chaque lettre qu’il pousse. Mais non, il ne les cherchent pas: les poux le trouve, et où qu’il aille, d’ailleurs. Probablement jusque dans la tombe. Des poux zombies? Pourquoi pas… Foglia sur la mort des...

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À l’enseigne du Sacrilège

Posted by on 16 Nov 2012 in Lettres | 0 comments

Allô, chérie? C’est moi, oui, Me sûs enfargé les pieds à taverne Ch’ais pas comment j’me sûs pris Non-non! ç’pas des balivernes! J’m’en revenais molo à maison Pis j’me sûs trompé d’direction Rendu à l’enseigne du Sacrilège Ç’tait fort, ç’tait comme un piège Faîqu’on a arrêté notte cortège Pour aller remplir notte allège Question d’alléger notte conscience Pis faire preuve d’indécence Allons! Allons, mes amis! À l’enseigne du Sacrilège! Buvons! Buvons, sacristie! Et que ce rituel nous agrège! NB: Toute ressemblance avec des faits vécus n’est que le fruit de votre imagination...

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SLAMAPARLÉ

Posted by on 28 Mar 2012 in Lettres | 0 comments

Depuis un lustre bientôt croupie une diatribe en triptyque «Critique amère» dit le dictionnaire, diktat des dénotations et connotations Je ne puis dire, je ne sais guère, mais il faudra le relire, que je l’astique Le fasse reluire, lui redonne son lustre pour peut-être — jamais sait-on? Venir, voir et vaincre la peur de dire, de discourir, devant public Captifs volontaires d’éthyliques rêveries portées par les sons

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Tripper des bulles

Posted by on 1 Oct 2010 in Lettres | 0 comments

Ouuuuh, vieille expression douteuse que je ressors des boulàmites! Tripper des bulles signifiait littéralement «1. avoir un peu trop de plaisir; 2. déconner; 3. avoir trop pris de drogue» à une époque où la socialisation primait sur toute autre considération, c’est-à-dire au secondaire. Ce préambule n’a de but que de fournir un contexte cognitif à mon titre, mais le véritable propos de ce billet sur le fly, c’est le suivant. Je suis au parc avec mon fils, et comme d’habitude j’ai apporté plein de jouets pour le divertir et ouvrir ses petits horizons. Un de ces jouets, fourni par granmman, se trouve être une patente à faire des bulles de savon géant. Je me mets à faire des tas de bulles. Lyrio cour dans tous les sens pour les attrapper ou alors il veut les faire lui-même, ce dont il n’est pas encore vraiment capable. Ça prend pas trop de temps pour que les quelques ados blasés qui vedgent dans la cour d’école retrouve illico leur esprit d’enfant et se mettent à courir en malade, riant et pétant des bulles. Mon fils est subjugué. Il en oublie les bulles tellement les grands l’impressionnent. Et moi j’observe la scène en me disant que ces pauvres ados blasés feraient bien de s’acheter des patentes à faire des...

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L’élégance conforme au fond

Posted by on 17 Fév 2010 in Lettres | 1 comment

Mon coeur s’est enflammé comme une mèche en lisant L’élégance du hérisson et la détonation littéraire qui s’en est ensuivie n’a eu d’égale que… que… Y a-t-il déjà eu telle déflagration poétique dans mon univers? … Cyrano de Bergerac. Évidemment, il est impossible de comparer un baklava à une tarte chocolat-noisette, mais le ravissement du palais sémantique demeure aussi élevé, ainsi que le taux de cholestérol. Ce qui frappe dans ce livre, c’est que la plume de Muriel Barbery est aussi fine que les réflexions qu’elle nous offre sur le politique, la société, et l’art, et la vie, et l’amour, et la mort. L’adéquation même du fond et de la forme. Un chef-d’oeuvre sans compromis, qui transporte l’âme, submerge le coeur et laisse songeur. Chaque page mériterait que l’on s’y attarde quelques heures, sinon une vie entière, question d’en bien saisir la profondeur et les implications dernières. Et pourtant, l’oeuvre se boit cul sec tant on se rend compte que l’on a soif de cette quintessence qui nourrit la vie. Loin de la mondanité. Loin des tracas et des trivialités. Il ne nous reste plus qu’une option: attendre que la poussière retombe — cette poussière qui s’agite dans la lumière et par là même nous fascine trop pour contempler le rayon solaire — attendre, puis relire à petites gorgées pour savourer chacune à sa juste...

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Éloge de l’anomalie

Posted by on 14 Jan 2010 in Lettres | 2 comments

La nature s’enrichit de la bizarrerie, comme Foglia nous le rappelle — en ses mots si colorés — dans un article où il déclare: «Je suis, moi, furieusement pour les anomalies.» Son propos concerne la langue. Moi aussi, j’aime les anomalies du français, ses règles obscures, sa graphie incongrue et ses accents déroutants, sans parler de son étymologie dédaléenne. C’est joli, toutes ces cicatrices que la vie a laissées sur la langue. Et l’on sait bien que notre richesse, c’est précisément notre différence et notre complexité. Si l’on cherche à simplifier une langue, ne la dénaturons pas un peu? … D’accord, je suis décidément trop romantique. Les langues changent, elles vont et viennent. On les ressuscite parfois. (Ou — sacrilège — on tente de les exterminer!) De toute façon, je ne cherche pas ici à me faire l’avocat des obsolescences linguistiques. C’est simplement que le texte de Foglia m’a rappelé cette notion qui prenait la poussière dans l’étagère de mon esprit: L’anomalie comme source de richesse et d’évolution. Ne dit-on pas que l’on apprend plus de nos erreurs que de nos...

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