Arts

Tout ce qui a trait aux arts en général

Exponentiellement dépassé

Posted by on 11 Déc 2008 in Arts | 4 comments

Quelqu’un m’a fait découvrir le vidéo Did You Know? du groupe Shift Happens, qui veut repenser l’éducation en fonction du changement technologique opérant à travers le monde. Le ton alarmiste que peut prendre ce genre de discours (ce n’est pas le cas de ce vidéo) me fait souvent réfléchir. Chaque génération se sent dépassée par les changements de son époque. Les défis que posent ces transformations semblent souvent insurmontables, mais ils ne le sont pas: si nous les considérons ainsi, ils cessent d’être des défis. Un problème qui n’a pas de solution n’est pas un problème, c’est simplement une catastrophe — un événement intrinsèquement inéluctable. Pourtant, l’humain se trouve sur terre depuis des milliers d’années et, bien que la situation demeure loin de l’idéal, la race survit. Depuis que l’humain a découvert l’usage du feu, il s’est embarqué sur la route de l’outillage. L’outil engendre cependant un paradoxe: inventé pour faciliter la vie de l’humain, il assujettit celui-ci en retour. Il complexifie l’environnement autant qu’il simplifie certaines tâches. L’outil n’est rien de moins qu’une prothèse qui pallie nos faiblesses, et comme toute prothèse, ce n’est qu’une solution imparfaite. La complexification de l’environnement a pour effet d’aliéner les générations antérieures aux changements, qui se sentent dès lors dépassées, et crée des problèmes insolubles (ou paraissant comme tels) pour les générations postérieures. Qui plus est, les conséquences de ces problèmes ne se font pas sentir immédiatement, et l’humain ne voit rien venir parce qu’il a développé une très grande capacité d’action, mais une relativement faible capacité de prévision. Cet état de fait change tranquillement. Il y a 30 ans, seuls quelques illuminés parlaient d’écologie. Aujourd’hui, tout le monde se clame vert. La civilisation ne demeure toutefois qu’un mince vernis — à peine quelques milliers d’années sur une évolution qui en compte des centaines de milliers. Dieu seul sait faire des miracles. L’humain doit se contenter d’outils. Aujourd’hui, les multinationales dominent le monde. Hier, c’était les seigneurs féodaux, guère mieux que des brigands qui avaient compris qu’au lieu de piller la population, ils pouvaient demander un tribut en échange de “protection” — c’était beaucoup moins fatigant et ça régularisaient les revenus. Enfin, qui a dit que l’humanité devait survivre? Comme une réaction chimique, notre but réside peut-être dans la transfiguration même de ce monde que nous parasitons… Cela dit, nous pouvons tout de même tenter de repousser l’apocalypse. En terminant, je vous laisse sur une citation de Socrate: «Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans.» Me semble j’ai déjà entendu ça quelque part… comme quoi ça fait longtemps que le monde va...

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Je le sens bouger…

Posted by on 28 Oct 2008 in Arts | 2 comments

«Je le sens bouger dans mon ventre!» m’écriai-je l’autre jour. Euh, non. Finalement, c’était les papillons dans l’estomac. C’est fou, depuis que je l’ai vu en action lors de l’échographie, le fait d’être père est devenu passablement plus concret — en plus de savoir que c’est un gars. Je peux maintenant imaginer, visualiser cette vie prochaine, la sienne, la mienne, la nôtre. Et comme le ventre de ma douce grossit maintenant à vue d’œil (ou presque) et qu’elle sent de plus en plus les mouvements de la crevette, celle-ci m’apparaît de moins en moins théorique. Le fait de l’avoir vue m’aide à me l’imaginer de manière concrète, cette petite vie intra-utérine faite de mouvements ultras saccadés. Est-ce un présage? Ou les têtards de cette taille bougent-ils tous avec cette même détermination? D’accord, je ne le sens pas dans mon ventre, j’affirme cependant qu’il a déjà commencé à bouger dans mon cœur. Et non, il n’a pas encore de...

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Un petit coeur bat la chamade

Posted by on 12 Sep 2008 in Arts, Lettres | 4 comments

Chamade aurait été repris de l’italien du nord ciamada, vers 1570 en tant que terme militaire (comme bien d’autres termes à l’époque, semble-t-il), provenant lui-même du latin chiamare, qui signifie «clamer». Au début, la chamade désignait une batterie de tambour et une sonnerie de trompette annonçant le désir de parlementer, ou la reddition des occupants d’une place forte lors d’un siège. Aujourd’hui, on ne retrouve plus ce mot que dans l’expression battre la chamade, en parlant d’un cœur qui bat vite ou fort. Il est intéressant de noter le rapprochement avec le terme portugais chamada, signifiant «appel», et qui désigne un moment dans la capoeira angola où l’un des joueurs invite l’autre à faire une pause. Cette pause sert à couper le jeu par un mouvement qui va à l’encontre des règles du rituel. Au lieu d’une série de mouvements imprévisibles, la chamada se constitue d’un va-et-vient prévisible, et alors que le jeu comporte un aspect martial, la chamada se veut un moment pacifique. Évidemment, comme toute règle en capoeira, celle-ci existe pour être brisée par qui se considère comme prêt à en assumer les conséquences. C’est pourquoi il faut être constamment sur ses gardes, car la chamada se termine inévitablement par une attaque. Cette attaque peut être feinte, auquel cas elle ne sert qu’à signifier que le jeu reprend son cours, ou bel et bien réelle. Trêve d’explications historique et culturelle. L’autre jour, j’ai entendu un petit cœur qui m’appelait, et le mien s’est mis à battre la chamade. Comment une créature qui n’a même pas la taille d’un deux piastres peut-elle contenir un moteur qui vrombit avec une telle intensité?! Vous l’aurez deviné, chers lecteurs, la paternité — lourd fardeau et merveilleuse aventure — est...

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Ainsi Suwa-t-il…

Posted by on 8 Nov 2007 in Arts, Lettres | 1 comment

Quand le théâtre québécois rencontre Kill Bill, sans mauvais sang, avec beaucoup de bon sens, voilà Japon, théâtralité en plusieurs pièces, casse-tête hilarant, mélangeant nô, rock, pépère, solitude buendiaste au centuple, arrosé de Perrier, de films longue séquence, d’un brin de suicide et d’homosexualité — sans pour autant versé dans le pathétique — d’histoire d’amour, d’intrigue et de poésie; la profondeur des transgressions de genre amène le public à participer et les comédiens à assister; le temps n’existe pas, bien que le monologue épistolaire nous y ramène constamment en un regard tourné vers le passé qui se rapproche inéluctablement du dénouement final, qui n’est du reste qu’onirique traversée des cultures imaginairement globalisées flottant dans l’espace dramatique d’une envolée délirante entre vieux copains autour d’une bonne bière dans une discothèque kitsch, et ce, sans parler de Spartacus, du show télévisé de Tétris humain et d’un certain… — comment déjà? Ah, oui! — Suwa Maratori et de ses nombreux exploits légendaires. Présenté par la Compagnie Thomas et Premier...

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Qu’est-ce qu’un batizado?

Posted by on 1 Oct 2007 in Arts, Lettres | 1 comment

(Discours d’introduction au batizado de capoeira) Pour bien comprendre ce qu’est un batizado, encore faut-il savoir ce qu’est la capoeira. Ce discours n’est pas destinée aux initiés, mais plutôt aux parents et amis pour qui, même s’ils en ont peut-être déjà entendu parler, cette activité reste malgré tout un peu nébuleuse. La capoeira, c’est la réponse des êtres humains face à une grande tragédie: la suppression de leur liberté. En effet, c’est au sein du système esclavagiste portugais, à l’époque coloniale du Brésil, qu’est né cet art, comme bien d’autres qui en partagent certaines caractéristiques. Comme la capoeira, la samba, le maculelê et le maracatu sont tous des traditions d’inspiration africaine. Confronté à un monde nouveau, qui devait être étrange et hostile, les esclaves ont inventé ces traditions afin de recréer un univers social et une identité qui leur soient propres. C’est de l’invention de nouvelles traditions inspirées des cultures indigènes, africaines et européennes qu’est né le véritable Brésil, celui du peuple. Pour prendre l’exemple du maculelê, l’observateur y décèlera dans l’atmosphère une influence indigène, dans les mouvements, une inspiration africaine et, dans les chants, une note portugaise. Sans oublier de mentionner les bâtons de bois, qui représentent les machettes avec lesquelles les esclaves coupaient la canne à sucre, véritable symbole du passé colonial. Cependant, contrairement au maculelê et aux autres traditions brésiliennes, la capoeira présente plusieurs aspects supplémentaires. Au-delà de la danse, de la musique et des chants, il y a les acrobaties, les prouesses physiques, la lutte et, plus fondamentalement, le jeu. Plus précisément encore, la capoeira, c’est essentiellement un rituel. Et si on parle de rituel, cela présuppose une allégorie, un récit symbolique qui donne un sens aux actions, un récit qui doit être réactualisé à chaque fois que le jeu a lieu, peu importe l’endroit, peu importe l’époque et, surtout, peu importe les acteurs qui y prennent part. Ce récit de la capoeira, c’est celui de l’esclave en quête de libération. Au sens propre, c’est la libération du corps, mais au sens figuré, c’est aussi celle de l’esprit. Le capoeiriste cherche ainsi à s’affranchir de toute contrainte, il cherche la liberté du mouvement et de la pensée. En repoussant sans cesse ses limites, il redéfinit la frontière entre le possible et l’impossible. C’est très certainement l’une des raisons qui expliquent la popularité actuelle de cet art à travers le monde. De l’histoire contemporaine de la capoeira, il faut retenir que deux styles sont nés au XXe siècle, chacun ayant un représentant désormais célèbre: la capoeira angola, rendue fameuse sous l’égide du maître Pastinha, et la capoeira regional, créée et diffusée par le maître Bimba. Bien qu’il ait pu y avoir des conflits entre les représentants des deux tendances, le bon capoeiriste se doit de connaître et de valoriser chacune d’elle. C’est du moins la philosophie de notre école, Sul da Bahia. Quant à l’événement nommé batizado, c’est au maître Bimba que revient le mérite de l’avoir inventé. De fait, il comporte deux réalités: un rituel d’initiation, le batizado, qui signifie « baptême » en portugais, et un rituel de passage, nommé plus prosaïquement changement de corde. L’événement vise plusieurs objectifs. C’est pour ouvrir le cercle quelque peu hermétique de la capoeira aux non-initiés, les parents, les conjoints et les amis, afin que ceux-ci puissent apprécier les efforts de leurs proches. C’est aussi l’occasion d’inviter les maîtres, les professeurs et les élèves de l’extérieur pour leur montrer le travail accompli lors de la dernière année. Toutefois, le rituel existe principalement pour que les élèves puissent démontrer leurs progrès aux maîtres et pour que ceux-ci leur fassent comprendre qu’ils ont encore...

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Qu’est-ce que la capoeira?

Posted by on 6 Avr 2007 in Arts | 0 comments

La capoeira est un phénomène culturel complexe. Art martial et danse, musique, jeu et philosophie: elle est à l’image de la terre qui l’a vu naître, pleine de contrastes. En effet, comme le Brésil, elle plonge ses racines dans les cultures indigènes, africaines et européennes, formant un tout unique et original. Pour saisir toutes les nuances de cet art sans pareil, il est bon de connaître un peu son histoire. Un passé douloureux Les racines de la capoeira se trouvent liées à une des tragédies les plus importantes de la modernité, c’est-à-dire la traite des Noirs. Pendant trois siècles le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques déporta 11 millions d’individus (certains auteurs évaluent ce nombre à 50 millions). À cause des conditions atroces d’emprisonnement, de 10 à 40 % mourraient en cours de route. Le berceau de la capoeira C’est dans les villes portuaires de Rio de Janeiro, Salvador et Recife que se développa cet art unique. L’environnement urbain fut important dans l’évolution de la capoeira parce que c’est là que l’on trouvait des « esclaves de gains » (escravos de ganho en portugais). Ceux-ci vendaient des produits ou offraient des services aux citadins et donnaient ensuite leur revenu au seigneur dont ils étaient la propriété. Comme ils travaillaient la plupart du temps sans supervision, ils avaient beaucoup plus l’occasion de fainéanter que tout autre type d’esclave. C’est dans ces moments de repos qu’ils développèrent le jeu de la capoeira, exercice ludique et discipline corporelle pouvant être utilisée à des fins martiales. La couronne ne voyait pas cet art d’un bon œil, car elle en percevait l’aspect périlleux pour l’ordre établi. On passa donc à réprimer durement toute manifestation du genre, infligeant jusqu’à trois cent coups de fouet au capoeiriste pris en flagrant. De plus, on étiquetait ceux-ci de vauriens et de vagabonds, ou malandros en portugais. Fiers de leur négritude, refusant ce terme réducteur, ils détournèrent le sens péjoratif de malandro et développèrent l’idée de la malandragem. Par ce terme, les capoeiristes en vinrent à évoquer la capacité à survivre malgré l’adversité, usant de débrouillardise et de ruse pour arriver à cette fin. La capoeira contemporaine L’histoire moderne de la capoeira a bifurqué au cours du XXe siècle. Deux héritages sont parvenus jusqu’à nous. D’un côté, maître Bimba créa la capoeira regional. De l’autre, maître Pastinha consacra la capoeira de Angola. Ces deux maîtres firent beaucoup pour redorer le blason de cet art marginal, particulièrement en la retirant de la rue où elle était auparavant pratiquée. Grâce à leur travail, la capoeira est aujourd’hui enseignée partout dans le monde et elle jouit d’un statut respectable au...

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