Vecteurs d’identité et sentiment d’appartenance — Enjeux politiques internationaux 2019

Posted by on 22 Mai 2019 in Cité et civilisation, Scribouillure | 0 comments

Voici une autre réflexion née lors de notre stage Enjeux politiques internationaux édition 2019. La première se trouve ici.


Caricature de Pierre Kroll, Le Soir (journal belge), 6 janvier 2007

À quelques reprises durant notre séjour, des intervenants ont parlé des mythes et des symboles fondateurs de l’identité.

Vincent Charron, le conseiller politique de l’ambassadeur du Canada, l’a spécifiquement développé lorsqu’il était question des diverses commémorations des guerres mondiales : de fait, pourquoi le débarquement de la Normandie plutôt que la prise du port d’Anvers? Le premier est symbolique alors que l’autre est beaucoup plus important sur le plan stratégique. Les considérations politiques ne sont pas les mêmes que celles qui sont d’ordre militaire.

Thibault Gaudin, professeur de droit constitutionnel, lorsqu’il nous a donné un aperçu de l’histoire de la Belgique, a également considéré la chose en parlant de l’opéra La muette de Porcini, dont la représentation a déclenché la révolte qui a mené à l’indépendance de la Belgique par rapport à la couronne hollandaise.

Nous l’avons aussi évoqué lors de notre échange avec Catherine Olier, attachée politique du groupe des Verts-ALE au Parlement européen, en soulignant le manque de sentiment d’appartenance des citoyens européens aux institutions de l’Union.

J’ai questionné Thibault à cet effet : comment expliquer ce faible sentiment d’appartenance des citoyens européens?

Les grands hommes politiques qui ont fondé l’Union européenne ont fait de célèbres discours (dont on a entendu et lu certains extraits au Parlementarium), ont développé un argumentaire poignant en faveur d’une telle union, mais ce n’est pas du même ordre que les héros guerriers qui fondent les dynasties et les républiques…

Madame Olier a également mentionné le fait que la plupart des Européens continuent à penser dans une perspective nationale lorsqu’elle a parlé de ce journaliste qui avait fait remarquer que l’Europe avait gagné plus de médailles que les États-Unis aux derniers Jeux olympiques, sauf que personne ne s’en rend compte parce qu’on continue de les attribuer à des pays.

Dans cet ordre d’idée, il n’y a pas d’équipes de sport européen.

L’Union est en manque de ces symboles forts qui pourraient cimenter une identité européenne.

Comment y parvenir, alors?

Une partie de la réponse se trouve dans l’usage des médias et de l’éducation — je fais une fois de plus référence à Benedict Anderson et son concept de nation comme communauté imaginée.

D’une part, les systèmes éducatifs sont encore nationaux et continuent d’enseigner une histoire qui s’inscrit largement dans cette optique : on enseigne « nos ancêtres les Gaulois », pas « nos ancêtres les Européens ». Pour favoriser un sentiment d’appartenance, il faut qu’il y ait un récit qui en soit porteur, qui valorise cette identité.

Ce récit, d’autre part, est aussi transmis par les médias. Évidemment, si une majorité de commentateurs et de journalistes colportent l’idée simpliste que « c’est la faute à Bruxelles », on est loin d’un discours mobilisateur en faveur d’une appartenance valorisée.

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