Écologie et mobilisation citoyenne — Enjeux politiques internationaux 2019

Posted by on 7 Mai 2019 in Politique | 0 comments

Parmi les quelques réflexions amorcées pendant notre stage Enjeux politiques internationaux, en voici une.

La jeunesse procrastine?
Manif du 15 mars 2019 à Québec © Catherine Dorion

Plusieurs éléments cette semaine nous ont interpelés, ma collègue Julie et moi. D’une part, les étudiants semblent pour la plupart résignés devant les questions écologiques, quand ils ne sont pas carrément blasés — le nouveau terme à la mode pour désigner ces attitudes, c’est climatopassif. Comme la plupart des citoyens, ils sont conscients qu’il y a une crise, mais ne semblent pas vouloir se mobiliser pour changer les choses. L’effondrement de la civilisation globale laisse indifférent…

J’ai évoqué lors d’une de nos rétroactions le rôle des médias dans cet accent mis sur la catastrophe plutôt que sur les solutions : le sensationnalisme déforme la réalité et ce phénomène peut être attribué en partie à l’impératif mercantile du profit à tout crin.

D’autre part, Catherine Olier, conseillère politique pour le groupe Vert-ALE au Parlement européen, mentionnait un paradoxe fascinant : les citoyens s’investissent de plus en plus pour l’environnement, mais à travers des gestes individuels ou des associations issues de la société civile et sans que cela ne se traduise nécessairement en une hausse des votes pour les partis verts. En outre, il y a en Belgique un fort mouvement d’étudiants qui font la grève chaque jeudi depuis un certain temps (à vérifier) et qui ont réussi à inscrire le thème de l’environnement dans la campagne électorale qui s’amorce en Belgique (et qui comprend les élections à tous les échelons du système fédéral belge, ainsi que pour les institutions européennes) : cela prouve — encore une fois s’il était nécessaire — que la mobilisation citoyenne peut porter des fruits. Jamais parfaits, souvent pas de la manière dont on le voudrait ou dans la mesure que l’on espérait, mais des fruits tout de même. L’histoire nous l’a enseigné à plusieurs reprises : qu’en serait-il de l’esclavage sans la mobilisation abolitionniste? Et plus près de nous, qui songeraient à remettre en question les changements sociaux qu’ont apportés les luttes féministes?

Bref, le premier pas, c’est de se convaincre que la lutte vaut la peine. Le deuxième, c’est de passer à l’action. Mais pas seulement sur le plan personnel ou en s’activant au sein de la société (j’entends ceci globalement, pas individuellement, ce que je développe à la fin du texte).

Tous les gestes comptent, dit-on; j’en suis : changer nos habitudes de vie et nous activer au sein d’associations ou de mouvements sont de belles et bonnes choses, mais nous ne pouvons faire l’économie de réinvestir massivement les institutions démocratiques si nous voulons modifier le cours de l’histoire.

Car c’est une facette importante du problème, et qui est au cœur du phénomène du cynisme en politique, c’est-à-dire le fait que les citoyens sont désabusés par les institutions démocratiques et méfiants par rapport aux politiciens. Se cantonner dans cette posture fait en sorte que les citoyens restent à l’écart des institutions, laissant toute la place aux acteurs qui s’en servent pour leurs intérêts sectoriels et non pour le bien commun, ce qui en retour ne fait que nourrir davantage le cynisme.

Comment faire alors pour que la mobilisation se traduise également par un investissement des citoyens dans les institutions politiques formelles?

Premièrement, il faut pour s’activer à long terme se détacher de la nécessité de percevoir des fruits comme réponse à cette action. Si nous mesurons la valeur de ce que nous faisons à cet aune, la déception risque d’être notre lot et le découragement s’ensuivra.

Deuxièmement, il faut admettre que toutes les formes d’activisme s’équivalent et se complètent afin d’éviter la compétition entre les citoyens, du genre « mon militantisme pisse plus loin que le tien ».

Chacun doit être libre de contribuer à sa manière, dans la mesure de ses capacités, à la transformation du monde que nous habitons. Certains vont poser de petits gestes au quotidien, d’autres vont donner de l’argent à une ONG, quelques-uns vont s’activer au sein d’une association, enfin, quelques rares vont tenter leur chance aux élections : toutes ces choses sont nécessaires au sens où il faut se battre sur tous les fronts.

Troisièmement, il faut appuyer ceux qui ont le courage de se lancer en politique et apprendre à nuancer nos critiques par rapport aux élus, du moins, à ceux qui tentent réellement de changer les choses, pas à ceux qui donnent dans le business as usual.

Enfin, il faut accepter que le risque demeure qu’il y ait des free riders, des gens qui vont cueillir les fruits sans avoir fourni d’efforts…

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