Enquête sur le Sillon

Posted by on 3 Mai 2019 in Lettres, Politique | 0 comments

Samedi 16 mars 2019 — 14h55 — Café Caberdouche, Bruxelles

Le synopsis en 4e de couverture est peu loquace: «Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul»…

Dans les faits, l’amant prend peu de place dans l’histoire; le propos est tout autre (me semble).

C’est un excellent roman à bien des égards et que j’ai littéralement engouffré en 24 heures à peine.

Sur la forme, l’écriture elle-même est rafraîchissante, entre autres parce que les dialogues sont rapportés de manière indirecte. C’est déroutant au départ, mais après quelques pages seulement je m’y suis habitué et ça donne un style très fluide et encore plus personnel, un peu comme un journal intime.

D’ailleurs, c’est un autre aspect qui m’a fait connecter avec le récit: c’est une auto-fiction habilement écrite où il m’apparaît impossible de différencier ce qui provient de la vie de l’écrivaine de ce qui est inventé.

Enfin, le propos.

Je connais un peu l’histoire politique turque du XXe siècle pour avoir fait un travail de science po à l’université sur ce sujet — il y a 20 ans de cela! Malgré le temps écoulé, j’avais une idée relativement bonne du contexte dans lequel s’insère le récit. Je savais par ailleurs que la Turquie est candidate depuis plusieurs années pour devenir membre de l’Union européenne. En ce sens, j’avais entendu parler que le gouvernement d’Erdogan ne faisait pas très bonne figure vu le durcissement du régime et l’influence de l’islamisme malgré le statut laïque de la constitution mise en place par Kemal à l’époque de l’indépendance.

Cependant je ne connaissais pas les détails… et ç’a donc été bouleversant de lire comment les journalistes et les minorités sont traités depuis quelques années (en fait, les minorités sont maltraités depuis longtemps, leur identité niée par le régime dès la fondation de la république), et ce qui est au cœur du roman, c’est l’assassinat de Hrant Dink, journaliste arménien défenseur de la paix, il y a à peine une décennie.

Bref, c’était délectable: une littérature qui se situe quelque part aux confins de l’enquête journalistique, du journal intime et du romantisme qui nous fait vivre l’Istanbul contemporaine dans tout ce qu’elle a de quotidiennement sordide et magnifique.

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Dimanche 10 mars 2019 — 16h10

Je viens de finir Le Sillon, le récit d’une écrivaine qui vit à Istanbul et qui veut faire connaître l’histoire d’un militant arménien pour les droits humains abattu par un fanatique nationaliste en 2007.

En lisant ce roman, je suis sidéré par ma propre léthargie dans l’arène politique. Qu’est-c’est j’fais vraiment pour changer les choses, améliorer le sort de mes contemporains?

Parfois, j’ai la morbide impression de ne rien accomplir…

Pourtant, j’en discutais avec ma collègue Julie et les mêmes conclusions que d’habitude s’imposent: mon action politique se situe dans mon travail de prof et dans mon écriture.

D’une part, j’essaie d’inculquer une vision critique de notre société, un rapport à l’histoire et à l’avenir qui soit basé sur cette vision critique: je dissémine des semences qui, à terme, ailleurs, par l’entremise d’autres personnes, pourront porter des fruits.

D’autre part, dans ma volonté de publier, j’espère à travers mes écrits transmettre ces mêmes semences.

C’est pas rien.

Toutefois ce sentiment d’être trop souvent oisif et contemplateur de nombril me colle à l’âme.

Oui, j’ai une capacité immense à perdre mon temps en répétant un paquet d’activités vaines et peu salutaires.

J’estime quand même que l’oisiveté est quelque chose de nécessaire, mais elle devient néfaste lorsqu’elle s’ancre dans notre culture consumériste. La ligne est parfois mince.

Rêver est essentiel, mais le rêve doit être un moyen d’imaginer un autre monde, et ce faisant être un moteur de l’action, pas une fuite de cette réalité qu’il faut transformer.

Le rêve…

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