L’amour, la mort pis toutt

Posted by on 10 Jan 2018 in fourre-tout | 0 comments

Une de mes tantes est morte dernièrement. Elle est partie sans préavis. Décédée. Disparue. Trépassée. Tant de mots qui renvoient à une réalité brutale, un passage obligé, le seul et unique « but » de la vie, entendu comme ligne d’arrivée, point final d’une expérience singulière : notre existence en tant que mortel.

Les disparus ne disparaissent pas tant que ça pour ceux qui restent : le vide qu’il crée demande à être rempli de quelque chose (de tristesse, d’égarement, de questionnement, mais aussi de souvenirs heureux, de descendance, d’inspiration), comme tout vide en ce monde, puisque l’univers a horreur du vide paraît-il — bien qu’entre les particules qui nous constituent il y a un océan de vide, à donner le vertige, non?

Je pense périodiquement à la mort. Pas de façon morbide ou suicidaire. C’est un sujet de réflexion qui m’habite au moins depuis l’adolescence. C’est fascinant ce phénomène…

Selon les bouddhistes, méditer sur la mort est une des plus hautes formes de contemplation. Naître, souffrir et s’épanouir, mourir, voilà les plus petits dénominateurs communs des mortels.

Cette tradition insiste sur une chose fondamentale : il faut s’y préparer.

Peut-on vraiment se préparer à la mort? À la nôtre? À celle de nos proches? À tous ces inconnus qu’on voit passer dans le fil de l’actualité, que ce soit un être notoire que tous pleurent, un infâme que tous voient partir avec soulagement, ou ces millions d’anonymes dont peu d’émeuvent?

Mes cousins ne l’ont pas vu venir. Est-ce plus difficile? On aurait tendance à croire que oui. Mais comment comparer une tristesse à une autre? Surtout, comment comparer ce qui aurait été avec ce qui est.

Spéculation pour philosophe de fond de taverne, tout ça.

Chose certaine, la morte existe. La douleur aussi. Il faut les regarder en face.

Toujours selon la pensée bouddhiste, il y a une distinction entre douleur et souffrance. La première est une donnée inéluctable : nous sommes tous amenés à souffrir un jour ou l’autre. La seconde renvoie à la manière dont nous traitons la douleur, qui n’est au fond qu’une simple information qui parvient au cerveau : se morfondre dans la douleur ne fait qu’augmenter la souffrance, se détacher de la douleur va au contraire diminuer la souffrance.

Oui, je sais : plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est là que l’on peut s’entraîner à réduire la souffrance, si on peut difficilement réduire la douleur. Comme un gymnaste de l’esprit, nous pouvons renforcer notre disposition psychologique à traiter la douleur de manière à réduire la souffrance.

C’est ce que tend à démontrer les recherches en neuroscience concernant les techniques de méditation.

En attendant, comme le veut la rengaine (qui reste vrai, peu importe combien de fois elle est remâchée) : aimez pendant qu’il en est encore temps, aimez sans retenue, car à l’heure de la mort, rien n’aura vraiment compté, que cela…

(Au lieu de vous souhaiter bonne année! je vais vous dire bon instant présent!)

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