En parlant du loup…

Posted by on 11 Mai 2017 in Politique | 0 comments

2017-04-27 20.58.06Depuis que j’ai lu 1984 et que j’ai participé au panel de discussion au cégep à ce sujet (voir ma scribouillure précédente), plein d’articles se mettent sur mon chemin qui étayent mon analyse.

Les voici en vrac…

Alain Deneault, «Le Canada est toujours une colonie», sur le management en politique et la réduction des humains à des éléments quantifiables, corvéables, malléables et, sommes toutes, jetables:

«Le Canada vit sous le régime de la gouvernance, qui est pour moi le contraire de la politique bien qu’elle laisse planer cette confusion sémantique. Ce concept vient du monde de l’entreprise, qui a recyclé en anglais un mot du vieux français. […] Le concept a ensuite été appliqué à la sphère publique lorsqu’on a voulu lui inculquer un mode de fonctionnement similaire, basé sur l’efficience, le rendement et la productivité.

«Une telle théorie ne pouvait que convenir au Canada, qui en est à l’avant-garde. La volonté populaire, le bien commun, l’intérêt public n’existent pas. Seule compte la gestion, l’administration efficiente par un ensemble de pouvoirs constitués. L’Etat agit, dès lors, comme un notaire pour organiser la cohabitation entre les prétendants. Il favorise des ententes, des contrats entre acteurs de la société civile et assure l’intendance.»

«La médiocratie est un régime qui nous enjoint à la médiocrité. La médiocrité n’est pas l’incompétence, c’est le fait de la moyenne. La médiocratie résulte de la recherche, par les entreprises, par les institutions de pouvoir, de personnel interchangeable, et donc formaté dans une « moyenne », non pas sociologique mais dictée. […]

«Les pouvoirs privés ne veulent pas de gens en dessous de cette médiocrité, leurs employés doivent posséder quelques compétences sociales ou techniques définies. Mais ils ne veulent pas non plus des gens qui débordent de passion ou d’idées, qui ont une éthique, une vraie autonomie. […] Et cela crée des vagues de suicides chez France Telecom, des dépressions nerveuses massives dans le monde professionnel.»

Robert Théoret et Étienne Boudou-Laforce, «Une bonne santé mentale pour satisfaire aux normes de la société?», sur l’emprise du credo néolibéral vécu comme pensée unique:

«Depuis plus d’un quart de siècle, le discours néolibéral s’est frayé un chemin dans toutes les sphères de la société, y compris dans le domaine des pratiques en santé mentale. Concurrence, performance, productivité, responsabilité, adaptabilité sont devenues les conditions gagnantes du bien-être individuel et collectif.»

«La société n’est alors plus considérée comme une collectivité de citoyens solidaires, mais plutôt comme un amalgame — une somme — d’individus en compétition les uns contre les autres dans la quête du bien-être. De la sorte, l’idée de bien-être individuel et de « bonne » santé mentale peut apparaître comme une mesure de la soumission au modèle néolibéral, venant ainsi célébrer la satisfaction aux normes d’une société à la dérive.»

Sur la falsification de la réalité par le jeu des statistiques ou le traficage de documents, plusieurs exemples:

Dans tous ces cas, les dirigeants trompent les citoyens dans l’espoir de maintenir la fiction qui leur permet de se maintenir au pouvoir. Comme le dit Lagacé, il y a quelque chose de soviétique là-dedans… pour ne pas dire quelque chose d’orwellien.

Et si les médias en parlent, pourquoi ne se passe-t-il rien? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolte? C’est que ces mêmes médias, bien qu’ils critiquent la classe dirigeante, dénigrent systématiquement tout ce qui pourrait venir ébranler les colonnes du temple, ainsi que l’analyse si justement Alain Accardo, «Les médias ne sont plus que très accessoirement des facteurs de l’utilité publique»:

«La presse, avec ses journalistes et ses sondeurs, n’a de cesse de transformer la vie politique en une scène théâtrale où se déroule une joute verbale ininterrompue, ce qu’on pourrait appeler – pardon pour ce néologisme barbare – une parlocratie qui, faute de pouvoir empêcher radicalement toute critique sérieuse du système, a au moins pour effet de noyer et de désamorcer toute opposition.»

«Dans le principe au moins. Il faut donc que les médias donnent l’apparence de respecter les principes et les valeurs de la démocratie et de la laïcité (pas de discrimination entre les différentes catégories de citoyens, etc.). D’où une teinture de pluralisme et de diversité qui répond en même temps à la nécessité d’élargir au maximum les publics touchés afin de maximiser l’audience et par là la rente publicitaire. On donnera la parole à un Mélenchon, mais on associera constamment son nom à celui de Chavez, traité de « dictateur »; on invitera un Poutou à s’exprimer, mais en le présentant comme un « petit candidat » sans envergure, etc., alors que les « bons » candidats font l’objet de commentaires positifs ou neutres, sans connotation dévalorisante. Tous ces procédés et opérations, considérés ponctuellement, peuvent sembler dépourvus d’importance. Leur répétition et leur accumulation (pilonnage) finissent par créer un climat favorable ou défavorable, une perception sympathique ou hostile relativement à une personne ou à une idée.»

On peut renchérir avec Deneault qui commente la victoire de Macron, «Une victoire de l’extrême centre»:

«Entre Justin Trudeau et Stephen Harper, entre Hillary Clinton et Donald Trump, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, on n’a pas tant eu le choix entre des options politiques fondamentales sur la façon dont le lien social et économique doit être institué à travers des structures publiques, qu’à un plébiscite forcé portant strictement sur le degré de violence que peut s’autoriser l’État pour faire valoir des règles socio-économiques ne relevant plus de lui, mais de puissances privées qui l’ont vassalisé.»

Concernant la création médiatique de Macron, voici une belle analyse de Vincent Ortiz: «Comment les médias ont fabriqué le candidat Macron».

En terminant, une entrevue éclairante avec Jacques Rancière, «Le peuple est une construction»:

«Le peuple, ce n’est pas la masse de la population; le peuple est une construction. Il n’existe pas, il est bâti par des discours et des actes.»

«Mieux vaut, en un sens, ne pas savoir quoi faire. Nous savons en effet ce qui est advenu du savoir de ceux qui savaient quoi faire. Ce savoir n’a jamais obtenu les fins attendues et la plupart de ceux qui le proclamaient sont devenus des adorateurs de l’ordre existant. Une pensée suspensive est donc opportune. Elle consiste à reconnaître qu’il n’y a pas de théorie capable de nous conduire à la libération, à l’émancipation ultime.»

«L’État doit-il être dirigé par des représentants d’intérêts particuliers bien déterminés? Par des malades du pouvoir? Car c’est bien la combinaison que l’on a actuellement: l’État est gouverné par des drogués du pouvoir et des représentants des intérêts financiers. L’argument, c’est toujours: « Ils savent à quelle porte frapper, ils savent comment obtenir l’argent, ils savent se débrouiller avec les copains à Bruxelles. » D’accord. Mais si l’on veut autre chose, il faut, tout simplement, imaginer autre chose. Il n’y a pas de raisons de penser qu’une Chambre partiellement issue d’un tirage au sort, dans une logique de mandats courts et non renouvelables, serait pire qu’une Chambre représentant les drogués du pouvoir, les notables locaux et les représentations des intérêts financiers.»

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