En attendant le Messie — Seppuku virtuel

Posted by on 9 Jan 2016 in Dans l'oeil du cyclope, L'insipide a mauvais goût, Mieux vaut en rire..., Scribouillure | 0 comments

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J’aime bien Justin Trudeau. C’est-à-dire que j’aime le phénomène, de mon humble point de vue de petit politologue, s’entend.

Comme la plupart des gens, je me faisais une idée peu flatteuse du fougueux fils de l’autre. Cependant, quelqu’un (me rappelle plus qui… Josée Legault peut-être?) a émis l’hypothèse que c’était une ruse: toutes ses gaffes, son style fanfaron, ses allures de beau gosse, ses déclarations intempestives, etc., l’ont dépeint comme un faible adversaire: un piège.

Ce serait la raison pour laquelle les conservateurs ont choisi une campagne longue qui laissait tout le temps à Trudeau de se mettre dans l’embarras. En effet, ils scandaient que Justin n’était pas prêt. Ils ont mangé une christ de claque: si ce n’était de l’épisode du conseiller-qui-aide-les-lobbyistes, il aurait eu un score parfait.

Son ascension politique a donc été fulgurante: élu pour la première fois en 2007, il devient premier ministre en 2015… et sur la base de quoi?

Mon opinion se résumait à l’idée qu’il était l’archétype même du politicien façon XXIe siècle: beau contenant, aucun contenu. Mais même ça n’est pas tout à fait juste: il avait pour contenu ce que les sondages dictaient que la population voulait.

Dans les faits, c’est se leurrer. Il faut écouter l’oraison funèbre qu’il prononce à l’occasion de la mort du père pour s’en convaincre: il place déjà les pions de sa politique. Au fond, il surfe sur la vision que son père avait du Canada. On ne peut donc pas en conclure qu’il n’a rien à proposer. Ça peut nous plaire ou non, mais chose certaine cet homme est un bon acteur.

Son discours de victoire est aussi important à mentionner, pour deux éléments importants:

  1. Le ton rassembleur (entre autres, le mot together revient souvent et «les conservateurs ne sont pas nos ennemis, mais nos voisins»);
  2. L’optimisme, dont le superbe punch final:

«We defeated the idea that Canadians should be satisfied with less, that good enough is good enough, and that better just isn’t possible. Well, my friends, this is Canada, and in Canada, better is always possible!»

Disons que ça fait longtemps qu’on a pas entendu un politicien nous parler de la sorte… ah oui, j’oublais Jean-Martin Aussant.

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J’aimerais vraiment une confrontation entre les deux, ça rassemblerait presque à l’époque Trudeau-Lévesque… presque.

Évidemment, le discours est une chose. Nous jugerons des actes. Mais il y a quand même une occasion à saisir pour les citoyens, comme on peut le lire dans cet article de Martin Lukaks dans The Guardian: on doit exiger qu’il fasse ce qu’il dise. C’est très idéaliste, son affaire, parce que les gens attendent le Messie et si celui-ci s’avère être un faux prophète, ils baissent les bras et rentrent sagement chez eux.

Ce qui m’intrigue surtout dans tout ça, c’est le phénomène médiatique. Les médias adorent Trudeau. (Facile, après Harper. Un ami disait très justement qu’une tranche de baloney aurait été tout aussi rafraîchissante après 10 ans de Grande Noirceur…) Les Étatsuniens sont jaloux de notre sexy PM. Les Français le compare à Kennedy. Tout le monde veut son selfie…

Tout ça est bien décourageant. Dans les médias sociaux, il y a de ces nouvelles dont Tout le monde en parle… ça devient des éclipses médiatiques. Cecil the lion. Tremblement de Terre au Népal. Tout dernièrement, Jean-Paul L’Allier est mort. C’est bien beau tout ça. Mais voici la nouvelle que j’aurais aimé que Tout le monde en parle, en date du 4 janvier: Les pdg les mieux payés ont déjà touché le salaire annuel moyen d’un travailleur… Pourquoi aussi peu de tweets ou de posts là-dessus? C’est navrant.

Comme ça m’emmerde, j’ai décidé, pour cette raison entre autres, de me faire Seppuku sur Facebook, de me suicider virtuellement: pûs capabbe de plonger les mains dans marde pour extraire le bon grain de l’ivraie…

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