Souveraineté absolue

Posted by on 20 Jan 2012 in Arts, Politique | 2 comments

Dans un livre sur le développement de l’enfant, l’auteure faisait cette distinction entre indépendance et autonomie: la première qualité, c’est cette capacité de faire les choses par soi-même, sans l’aide de personne, alors que la seconde implique de décider par soi-même ce que l’on veut faire.

C’est une distinction assez différente de celle que l’on opère généralement en science politique où, en résumé, l’indépendance représente la souveraineté externe, c’est-à-dire la capacité d’agir sur la scène internationale de son propre chef, alors que l’autonomie est synonyme de souveraineté interne, soit la possibilité de gérer son territoire comme bon nous semble.

Ne nous leurrons pas, de nos jours, il n’y a plus d’indépendance possible — et même l’autonomie se trouve malmenée par les flux transnationaux: le monde est de plus en plus globalisé et, à moins d’une catastrophe majeure, cette tendance lourde ira grandissante.

Il faut savoir tisser des liens avec d’autres acteurs de l’échiquier global pour arriver à ses fins, c’est la seule indépendance possible.

Cependant, encore faut-il être autonome et pouvoir décider par soi-même de nos fins!

Qui plus est, ces fins doivent être décidées de manière démocratique, afin qu’elles représentent la volonté de plus grand nombre, pour le bien du plus grand nombre, ce que ne nous permet décidément pas le système financier actuel.

La souveraineté, c’est donc le cumul de l’indépendance, de l’autonomie et de la démocratie (la vraie, pas la façade qu’on nous présente tout azimut).

Cette souveraineté totale ne peut se fonder, en ultime analyse, que sur un ensemble de citoyens eux-mêmes souverains: pas des consommateurs, pas des contribuables, mais des êtres humains autonomes et critiques.

Et voilà l’élément qui nous fait défaut en général. Nous sommes tellement aliénés, c’est-à-dire dépossédés de notre capacité de réfléchir et de juger sans contraintes et sans œillères des différentes options qui s’offrent à nous qu’il est impossible, dans ces conditions, d’imaginer un pays vraiment souverain.

Notre système d’éducation est de plus en plus arrimé à un marché perverti par la logique du gain à court terme, lorsqu’il n’y est pas carrément soumis; notre économie (entendue au sens anthropologique comme l’ensemble des moyens que nous prenons pour vivre) est transfigurée par la mode, le prêt-à-jeter-tendance-blink-blink; notre dépendance aux autres, naturelle et presque inévitable (difficile, l’autarcie!), éclipsée par le petit confort qui mène à la grande indifférence; etc.

La souveraineté, je m’efforce de la conquérir à chaque instant qui passe. C’est un combat de tous les instants, chaque victoire est éphémère et ne peut être maintenue qu’avec des efforts constants. On est loin du prêt-à-jeter.

Et j’espère un jour partager un espace souverain, que l’on nommera bien comme on voudra, avec des êtres tout aussi souverains. Mais je ne m’abuse pas. Le résultat ne compte pas, c’est l’acte qui importe, c’est l’effort, c’est le processus, c’est la voie.

Seul celui qui rampe ne trébuche jamais…

L’un des actes les plus rebelles aujourd’hui, c’est de vivre avec moins, d’apprécier ce que l’on a, d’en être content, au lieu de courir après les mirages que les exploiteurs endimanchés nous vendent à grand renfort de pub de mauvais goût.

Évidemment, je ne pense pas en convaincre mes congénères qui ne vivent que pour l’argent, mais j’aimerais au moins qu’ils me laissent vivre en paix, moi et les autres de mon espèce, et je ferai de même avec leurs lubies de médailles et de gloire.

Et tout ça, c’est déjà très utopique…

2 Comments

  1. Vraiment intéressant!

  2. Merci à tous!

Trackbacks/Pingbacks

  1. La tabarnak de vérité, c’est que… | La tabarnak de vérité - [...] réflexion est développée de manière intéressante ici : http://www.creuzet.net/2012/01/20/souverainete-absolue/ Partager :Share This entry was posted in Société by…

Leave a Reply