N’être dénué

Posted by on 20 Mar 2010 in Arts | 3 comments

Il y a un an naissait mon fils. Contempler son évolution féconde la réflexion de manière assez intense. Cette paradoxalement lente mais fulgurante croissance a fait naître quelques constats sur la vie. Les voici.

En premier lieu, le plus fascinant, c’est les millénaires d’évolution de l’humanité que l’on revit en accompagnant le développement de sa petite bête. Il naît adapté à l’eau, être aquatique dont les mouvements erratiques rappellent plus les coups de nageoire — on dirait quasiment qu’il a les mains et les pieds palmés! — que le déplacement terrestre, il faut un bon six mois avant de franchir une autre étape.

Il se met alors à ramper. C’est comme si on assistait à la sortie de nos ancêtres de l’eau, lorsqu’ils se sont mis à ramper sur la terre pour une obscure raison (sûrement pour trouver à manger, quelle autre motivation?).

Quelque trois mois plus tard, de créature rampante il devient quadrupède. Ses déplacements sont alors plus vifs, il commence à découvrir “le monde d’en haut”, puis bientôt il s’agrippe un peu partout pour tenter de se hisser vers ces sommets inatteignables. Ce qui le mène rapidement vers la dernière étape : la bipédie. Un an après sa naissance, le voilà homo erectus. Des millions d’années d’évolution résumées en neuf mois de vie utérine et douze terrestres. Des âges incommensurables en 21 mois.

L’autre fait qui découle du premier, c’est que l’être humain parmi les bêtes naît dénué. La plupart des animaux, après quelques minutes ou quelques heures, savent se déplacer (il y a les oiseaux qui sont dans la même situation que nous, et sûrement d’autres, mais disons qu’ensemble nous formons l’exception). De toute façon, de l’ensemble du règne animal, nous sommes les seuls qui élevons nos petits pendant tant d’années.

Ce qui m’amène au dernier constat : on dirait que plus l’évolution technologique est grande, plus la dépendance et l’immaturité de l’humain se prolongent. Il n’y a pas si longtemps, les individus, très tôt, étaient considérés autonomes, en âge de se marier, de fonder une famille et de commencer leur vie.

Nous semblons devenir matures de plus en plus tardivement à mesure qu’augmente la quantité de technologie à maîtriser pour être considérés capables et autonomes. Les outils, en effet, sont des prothèses qui pallient notre dénuement. Une voiture nous permet d’aller plus loin plus vite, une arme nous donne la possibilité de mieux attaquer ou de mieux nous défendre, la machinerie lourde élève nos édifices, les paquebots transportent nos marchandises, etc. Et que dire des technologies informatiques!

Évidemment, personne ne doit maîtriser toutes ces technologies; c’est donc finalement la complexité du monde — sans cesse croissante — qu’il nous faut intégrer avant de pouvoir naviguer de nos propres voiles. Toute cette somme de connaissances, nous devons l’assimiler avant d’être totalement fonctionnels. Pas étonnant que l’âge de fonder une famille et d’amorcer notre propre vie soit sans cesse repoussé.

Le singe nu doit se parer avant d’affronter le monde.

3 Comments

  1. Il y a beaucoup de vrai dans ta chronique même si je n’ai jamais été d’accord avec la plupart des théories de Desmond Morris. Il manque tout de même un élément à ta chronique, bien sur le moment d’amorcer notre propre vie est sans cesse repoussé mais le moment de notre mort l’est tout autant……..

  2. Mais qui est Desmond Morris?

  3. Bon, je viens de faire une petite recherche et je vois. Le singe nu est de lui et je le savais même pas. Je peux pas dire si je suis d’accord avec lui ou non, puisque j’ai jamais lu ses trucs.
    Je ne suis pas sûr que le fait que nous mûrissons tardivement ait un lien avec notre mort repoussée / prolongée…

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