Philopoétique bruceleeenne

Posted by on 28 Juil 2009 in Arts, Lettres | 1 comment

En faisant quelques recherches sur les arts martiaux, je me suis penché sur la figure de Bruce Lee. Une légende. Voire un mythe — entendu ici au sens de «récit symbolique qui donne un sens à la vie, à l’action». Tout le monde connaît la façade, certes, mais je crois que bien peu connaissent qui se cache derrière: quelqu’un qui a longuement réfléchi sur les arts martiaux, il va de soi, mais également sur la vie et l’art en général.

En écoutant des entrevues, j’ai trouvé qu’il avait un discours articulé. J’ai donc fouillé un peu plus loin pour découvrir qu’il avait fait des études supérieures en philosophie à l’université de Washington. Réellement intrigué par ce qu’il avait pu écrire, je me suis procuré un bouquin (Bruce Lee: Artist of Life, de John Little, éditions Tuttle) rassemblant une pléthore de textes sur des sujets franchement variés: kung-fu, philosophies orientale et occidentale, psychologie, poésie (eh oui, Bruce était poète!), jeet kune do, développement personnel et comédie.

Cet être phénoménal s’était tracé comme ligne de conduite de trouver un idéal qui saurait transcender et regrouper toutes ses entreprises et ses actions. Rien de moins. Et moi qui adore les utopies holistiques! Est-ce vraiment une utopie, avec cette connotation d’irréalisable? Non. Lee travaillait chaque jour à la réalisation, à l’actualisation de cet idéal. À en juger par l’onde de choc que sa brève existence a créée, cet objectif est en partie atteint.

Évidemment, je ne peux passer sous silence ses prouesses physiques, au premier plan, sa vitesse extraordinaire. Tellement rapide, le gars, que l’on devait filmer certaines scènes en 32 images/seconde au lieu du traditionnel 24 images/seconde, sinon ses mouvements étaient flous à l’écran! Bruce pouvait lancer un grain de riz dans les airs et le rattraper avec des baguettes chinoises. Sa force était également exceptionnelle. Par exemple, les fameux pushups à une main, où il n’utilisait que l’index et le pouce. Et je vous invite à aller voir son fameux « one inch punch« .

Voici quelques citations tirées d’un texte intitulé «Toward personal liberation» qu’il a écrit pour la revue Black Belt:

«Truth is a pathless road.»

«The individual is always more important than the system.»

«I cannot teach you; only help you to explore yourself. Nothing more.»

«Style should never be the gospel truth.»

«Combat, like freedom, is something that cannot be preconceived.»

«Combat “as is” is total (including all “that is” as well as all “that is not”) without favorite lines or angles, having no boundaries and always fresh and alive; it is never set and is constantly changing.»

«Drilling on routines and set patterns will eventually make a person good according to the routines and set patterns, but only self-awareness and self-expression can lead to truth.»

«In any physical movement there is always a most efficient and alive manner for each individual to accomplish the purpose of the performance, that is, in regard to proper leverage, balance in movement, economical and efficient use of motion and energy, and so forth. Live, efficient movement that liberates is one thing; sterile classical sets that bind and condition are another. Also, there is a subtle difference between “having no form” and having “no-form”; the first is ignorance, the second transcendence.»

«A teacher, a good teacher that is, functions as a pointer to truth, but not as a giver of truth. He employs a minimum of form to lead his students to the formless. Furthermore, he points out the importance of being able to enter a mold without being imprisoned by it; or to follow the principle without being bound by them.»

«Above all, I believe a teacher does not depend on a method and drill systematic routines; instead, he studies each individual students and awakens him to explore himself, both internally and externally, and ultimately integrate himself with his being.»

«Martial art is not merely the physical act of filling time and space with precision-like movements. Machines can do that too. As he matures, a martial artist will realize that his kick or punch is really not so much a tool to conquer his opponent, but a tool to explode through his consciousness, his ego, and all mental obstacles.»

En terminant, je vous laisse sur un poème que j’ai écrit dans ma retraite à Sainte-Brigitte-de-Laval, grandement inspiré par les enseignements contenus dans les textes de Lee:

Paix et prospérité au royaume de la verdure
La nature m’emporte dans son ineffable être
Soudain, tout semble si simple et pur
Je perçois la totalité au lieu du paraître

Je sais ce que je suis, je ne suis pas ce que je crois
Je crois savoir mais je ne sais pas
Je saisis le moment puis le laisse coi
Je délaisse le quoi et le pourquoi pas à pas

Je suis ici pour un instant
L’instance suprême ne juge pas
J’obéis de mon mieux cependant
L’instance suprême me guide sur la voie

Pour bien agir, ne pas agir
Mais réagir aux circonstances
Constance, contenance
Homéostatique balance
Telle est la règle de l’empire

Tu le fais ou tu ne le fais pas
Il n’y a pas d’essai
Ainsi l’a dit maître Yoda
Il n’y a pas d’essai

Pourquoi aller à contre-courant?
Il s’agit de le suivre afin de le dévier
Briser l’obstacle, cet entêtement?
Mieux vaut le contourner
Ou alors patiemment
Petit à petit le gruger
Trouver la faille qu’assurément
L’on pourra exploiter

La vie est un défi
La vie est un combat
La paix n’est que faire fi
Des griefs que l’on en a

Tant d’énergie perdue à se morfondre
Peine perdue d’être éperdument peiné
Car la tourmente finit toujours par passer
Ensuite la neige ne peut que fondre

Ainsi, je dois m’armer de patience
Cesser de rêver à l’enfance
Et de spéculer sur l’avenir
Pour l’instant pouvoir saisir
Sans jugement et dans la cadence
Sans frein et sans exubérance
Être présent au présent sans prévenir
Réagir sans désir et sans soupir

Tout accepter, ne rien refuser
Tout accepter sans rien garder
Aller sans laisse sans laisser-aller
Suivre la dérive
Tout en ayant de l’initiative
Ériger le Bon, le Juste, le Beau
En un idéal inatteignable
Afin de toujours s’élever plus haut
Avec la même ardeur, inlassable

Apprendre à encaisser les coups
Pour mieux contre-attaquer
Sans chercher à riposter
Sous l’impulsion du courroux

Accepter de tomber
Pour savoir mieux se relever
Car humaine est l’erreur
Et chaque leçon nous donne du cœur

Qui n’erre pas ne découvre rien
Qui cherche trop connaît déjà
La nouveauté jamais ne survient
Sur le sentier battu de mille pas

Suivre son flair
C’est faire sans suivre
Savoir poursuivre
Sans but bien clair

Mourir chaque nuit
Pour renaître à l’aurore
Ne pas craindre la mort
Pour savourer la vie

Renouveler chaque jour
Notre être et notre amour
Pour voir nouvellement
La vie, tout simplement

One Comment

  1. Désolé, j’ai pas assez de mémoire vive aujourd’hui pour pouvoir lire tout cela et me rappeler de ce que j’étais en train de lire. Next time!

Leave a Reply