Venir au monde

Posted by on 13 Mar 2009 in Enfance et paternité, Montées de lettres, Scribouillure | 4 comments

Nous y sommes. L’Apocalypse a eu lieu. Notre ancienne vie laissée derrière nous, nous entrons de plain-pied dans cette ère nouvelle : notre fils est né. Mon nouvel amour. Le coup de foudre.

J’ai senti une force indicible jaillir en moi lorsqu’il a pointé sa tête sur le seuil de la vie, alors que sa mère donnait tout ce qu’elle avait à donner. Chaque fibre de son corps déployait l’absolue totalité des ressources dont elle disposait. Tout tendait vers un seul but. Une seule direction. Dehors. Au monde.

Peu de temps auparavant, dans cette phase de la poussée, la sage-femme s’est tournée vers moi. «C’est ta femme, m’a-t-elle dit en me fixant du regard, dans toute sa force… (pause dramatique) …et sa vulnérabilité.»

Oui. Je vois. Je contemple, même. Je ne comprends pas — je ressens. Je sais, je crois savoir, mais je ne saurai jamais vraiment ce que c’est. Je passe cette nuit-là à veiller sur mon amour. À la lueur des chandelles, j’observe une véritable vigile pour ce passage initiatique non dénué de périls, avant de vraiment pouvoir célébrer la vie dans toute sa splendeur.

C’est d’une beauté incomparable, cette force. C’est tout simple, si primitif. Elle est nue. Elle va mettre au monde à la sueur de son front, sans plus de raffinement technologique que nos ancêtres (ou à peine, mais le poète en fait fi). Et lui va y venir, au monde, de la même manière.

La Maison de naissances, quel lieu magnifique. Un endroit dédié à une seule fonction, celle d’aider les parents — les femmes en premier lieu — à donner la vie de la manière la plus simple qui soit, celle que la nature a prévue et qui fonctionne à merveille dans la majorité des cas, une tradition millénaire ayant maintes fois fait ses preuves (et pour les complications, vive la médecine, tout de même).

Et les sages-femmes, elles sont tout simplement majestueuses, telles des prêtresses qui officient le plus sacré des rites sur terre. Leur présence, leurs connaissances, leur empathie, les bons mots — et les silences! — aux bons moments, tout leur être concoure à mener le frêle esquif de la vie au travers cet ardu passage.

Quand je vois enfin sa tête poindre, je ne peux retenir mon émotion, et les larmes se précipitent sur mon visage béat. Quelques minutes plus tard, nous sommes tous les trois collés l’un sur l’autre. Ils vivent. Je pleure. Mes amours sont admirables…

Cette émotion m’habite toujours — je n’ai qu’à songer à ces instants de magie arcane et millénaire pour que les larmes menacent de refaire surface — et je connais maintenant le secret de la vie. Je suis venu au monde en même temps que mon fils.

4 Comments

  1. Hé Capitaine, c’est vraiment pas correcte de faire brailler les gens au boulot…
    Plus sérieusement, je crois que la paternité est probablement le sentiment le plus fort a ressentir dans une vie de « mâle ». Forcément, on est biologiquement programmé a se reproduire, sinon, pourquoi nous avoir donné autant de plaisir à l’acte de production! Bien que c’est comme je le disait, animal a prime abord, je pense que le propre de l’homme est de s’émouvoir de tout ce phénomène magique. Comprendre qu’au delà de la production de gène issue de souche différente, il y a tout la création planifié de l’esprit et de l’être « parfait ».
    En tant qu’homme, j’ai toujours senti ce désir de me « reproduire ». Mais étrangement en prenant de l’âge, en murissant mes habitudes encré dans le quotidien, je pensais de moins en moins a ce désir, me poussant à croire que ce n’était probablement pas souhaitable pour moi.
    Merci Charles, tu me confirmes que le printemps arrive, même lorsque l’hivers s’éternise. La paternité n’est pas l’hivers de la vie d’adulte, mais bien le printemps…

  2. C’est si bien dit, mon ami… La paternité est un printemps qui fleure l’âme en croissance!

  3. mec.
    domino pedrinho terceirinho.

    jte défends (gentiment) de dire que je viens pu sur le creuzet 😉

    cet article, que j’ai lu dans les minutes suivant sa publication et nombre d’autres fois par la suite, m’a réellement ému, en particulier pour n’avoir pas encore vécu une expérience aussi fertile. comment ne pas se sentir interpellé? toute comparaison exclue, le message était tellement intense que j’aurais cru que Lyrio m’apparaîtrait dans les bras à la lecture du point final. j’aurais été bien malaisé de m’expliquer en te le ramenant à ta job. tu as taggé l’article « mystère » et « secret de la vie ». rajoute donc « vie tout court ». félicitations pour votre petit bonhomme.

    sustinho

  4. D’accord, je fais amende honorable: je vois bien que tu ne nous as pas abandonné… et merci pour les commentaires. C’est tout plein d’émotion à fleur de pot (aahahah), ce texte. J’ai rarement vécu un trip aussi intense, sérieux. Et c’est naturel!

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