Le vernis laïque

Posted by on 2 Jan 2008 in Grain de sable dans l'engrenage, Mieux vaut en rire..., Scribouillure | 3 comments

Moi, premier d’entre les athées, me déclare chrétien sans ambages et au Diable les professions de foi inversée! En effet, si vous grattez — ne serait-ce que du bout du doigt! — le vernis qui recouvre splendidement notre civilisation, vous découvrirez rapidement qu’il sert au mieux de trompe-l’œil et au pire d’alibi.

Les trois piliers qui fondent notre univers (occidental) se nomment ainsi: science, droit et capitalisme. Observons attentivement chacun d’eux, car leurs nobles idéaux cachent certaines réalités brutales.

La quête de la science (occidentale) se résume, outre la bienveillante volonté de connaître entendue comme une fin en soi, la maîtrise de la nature. Dieu ne nous avait-il pas fait à son image, pour régner en tant que subalterne sur ce monde qu’Il avait créé? Ce dessein nous a menés à beaucoup plus de pouvoir que de savoir. En effet, notre capacité à prévoir les conséquences de nos actes est bien piètre en regard de notre potentiel d’action.

Le droit (occidental) — que l’on veut universel — clame que tous sont égaux. N’y a-t-il pas là un relent de soutane? L’Église nous enseignait naguère que nous étions tous les enfants de Dieu et qu’Il n’avait pas de favori… Vraiment? Et cette histoire que les derniers seront les premiers?

Qu’importe! Nous nous prélassons aujourd’hui dans les moelleux coussins des droits de l’Homme. Alors pourquoi Diable avons-nous senti le besoin de créer une charte des droits de l’Enfant? Et puis dernièrement, des droits autochtones? À quand les droits de la Femme? Et des 12 à 18 ans, cette catégorie exceptionnelle correspondant à l’âge le plus ingrat et de laquelle personne ne sort sans écorchures? Serait-ce que le substantif homme n’équivaut pas substantiellement à humain?

D’un autre point de vue, le droit qui sous-tend la propriété est un impératif de la science qui maîtrise la nature. Dieu nous a donné la terre pour l’administrer selon notre bon vouloir. Nous, humains (ou hommes?), et personnes d’autres (avis aux Martiens convoiteux).

Enfin, corollaire des deux premiers piliers, nous nous sommes donné comme mode de fonctionnement le capitalisme, ce système qui fonctionne tant bien que mal (j’ajouterais plus mal que bien, mais j’imagine que c’est un peu comme une coupe de vin à moitié vide ou à moitié pleine).

Dieu nous a donné la terre, Il nous a laissé entendre que nous devions la maîtriser, et bien pourquoi ne pas la faire fructifier un peu en passant? L’humain, gérant du monde connu, doit bien pouvoir se prendre une cut en récompense de son dur labeur… Et pourtant, l’Église, malgré tous ses torts, a longtemps proscrit l’usure!

3 Comments

  1. Y’a pas assez de monde qui viennent mettre des commentaires. C’est dommage parce que je suis sûr que les autres lecteurs ont quelque chose à dire sur ces réflexions intéressantes. Les web-logs et l’implication du visiteur sont encore des concepts nouveaux; traditionnellement on « consultait » internet sans s’en mêler vraiment.

    Ceci étant dit, je pense qu’on s’est toujours accroché à ce qu’on pouvait pour donner un sens au monde dans lequel on vit. Et surtout, avoir l’impression qu’on contrôle la manière dont l’existence se déroule. L’Église, le droit, la bureaucratie, l’argent, sont des systèmes qui fonctionnent (ou ont fonctionné, c’est selon) dans la mesure où tout le monde adhère, plus ou moins consciemment, à un standard.

    Les lois s’accumulent dans des briques tellement épaisses que je nous peut-être, allons savoir, en train d’enfreindre 4-5 règlements juste dans cette page. L’idée de base est bonne: égalité pour tous. L’idée de base est toujours bonne. Dans les faits ça fonctionne pas du tout comme ça. À bouffe égale, je vais crever de faim et mon voisin va gaspiller. Nos vies sont compliquées, diversifiées, uniques. L’adhésion à quelque standard que ce soit ne se fait jamais sans effets secondaires puisque tout n’est que cas-par-cas.

    Toute idée ou autorité statique s’avère faussée. Nous n’avons probablement pas de droit exclusif sur la gestion de la planète. Le concept de droit ne s’applique pas à la vie. La vie ne fait que vivre, suivre son cours. Plus cette compréhension s’installera dans les esprits, moins les systèmes de contrainte (religion, droit, finances) s’avèreront nécessaires (car actuellement je crois qu’ils le sont).

  2. typo:
    je nous peut-être –> nous sommes peut-être

  3. Je sais pas si un jour on se passera des systèmes de contrainte… Les mauvais jours, je pense que non; les bons jours, je pense que oui. Ce qui est surtout frappant, c’est de réaliser que ces systèmes, malgré leur vernis, ne change pas grandement, du moins en profondeur.
    De plus, ils ont une vie propre. Ce sont des phénomènes que l’on a créés et qui nous échappent; on a très peu de contrôle sur l’économie —c’est plutôt elle qui nous contrôle!— et on l’observe comme une bête étrange en essayant de tenter de commencer à comprendre comment la réguler.
    Et on échoue lamentablement, surtout que les régulations que l’on tente d’imposer ne sont pas au bénéfice de tous, mais seulement d’une poignée…

Leave a Reply