Hic Sunt Dracones

Posted by on 7 Nov 2007 in Lettres | 2 comments

L’expression latine hic sunt dracones, qui veut dire «ici sont les dragons», se drape d’une légende, qui voile la réalité dans une brume mystérieuse. De fait, selon la tradition médiévale, les cartographes inscrivaient généralement, dans les régions mal ou peu connues, le terme terra incognita, «terres inconnues».

Selon la légende, hic sunt dracones pouvait remplacer ce terme pour désigner les confins de la connaissance géographique où, logiquement, devaient se terrer des créatures fantastiques et redoutables comme les dragons.

En réalité, un seul exemple subsiste de nos jours qui atteste peut-être de la véracité de cette légende: le globe Lenox, qui date du début du XVIe siècle, porte en effet cette mention dans les mers d’Asie. Cette unique mention a suffit, semble-t-il, pour enflammer l’imagination des êtres humains, toujours prêts à écouter une bonne histoire.

Le dragon symbolise cette part obscure et malaisément compréhensible qui régit les êtres et les choses. Il représente adéquatement la créativité cahoteuse, dont la mécanique demeure bien souvent occulte, cependant que l’acte créateur sert d’acte exploratoire, pouvant révéler ce que recèle la ténèbre qui nous habite.

2 Comments

  1. Je trouve cette expression -et la légende qui vient avec- particulièrement trippante! Ça me fait penser à une sorte de version géographique du terme « Dieu », qu’on associait à tout et qu’on repousse de plus en plus dans les racoins à mesure qu’on améliore nos capacités d’analyses et de compréhension.

    Sans être le moins du monde un artiste, je vis dans une introspection quasi-constante, et je confirme à 100% qu’il existe un monde mystérieux en nous. On dirait que les idées montent de profondeurs insondables. On a accès au produit fini mais pas vraiment au processus de fabrication. C’est du stock « imported from within », je ne trouve pas de terme français. Peu importe combien on raffine le regard intérieur, il n’arrive pas à percer au-delà d’une certaine limite. La seule chose dont j’suis à peu près sûr c’est que c’est peuplé d’entités grandioses et incompréhensibles.

    Je crois que mes dragons te saluent !

  2. Ce qui me fait penser à une réflexion chronique que je mijote au sujet des œuvres d’art, des créateurs qui se cachent derrière, de l’histoire de ces derniers et de leur processus de création: «Une œuvre d’art est telle la pointe de l’iceberg: ce qui se trouve submergé fascine plus encore que ce qu’on en perçoit à première vue…»

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