Qu’est-ce qu’un batizado?

Posted by on 1 Oct 2007 in Aliénation et esclavage, Éducation et (r)évolution, Scribouillure | 1 comment

(Discours d’introduction au batizado de capoeira)

Pour bien comprendre ce qu’est un batizado, encore faut-il savoir ce qu’est la capoeira. Ce discours n’est pas destinée aux initiés, mais plutôt aux parents et amis pour qui, même s’ils en ont peut-être déjà entendu parler, cette activité reste malgré tout un peu nébuleuse.

La capoeira, c’est la réponse des êtres humains face à une grande tragédie: la suppression de leur liberté.

En effet, c’est au sein du système esclavagiste portugais, à l’époque coloniale du Brésil, qu’est né cet art, comme bien d’autres qui en partagent certaines caractéristiques.

Comme la capoeira, la samba, le maculelê et le maracatu sont tous des traditions d’inspiration africaine. Confronté à un monde nouveau, qui devait être étrange et hostile, les esclaves ont inventé ces traditions afin de recréer un univers social et une identité qui leur soient propres.

C’est de l’invention de nouvelles traditions inspirées des cultures indigènes, africaines et européennes qu’est né le véritable Brésil, celui du peuple.

Pour prendre l’exemple du maculelê, l’observateur y décèlera dans l’atmosphère une influence indigène, dans les mouvements, une inspiration africaine et, dans les chants, une note portugaise. Sans oublier de mentionner les bâtons de bois, qui représentent les machettes avec lesquelles les esclaves coupaient la canne à sucre, véritable symbole du passé colonial.

Cependant, contrairement au maculelê et aux autres traditions brésiliennes, la capoeira présente plusieurs aspects supplémentaires. Au-delà de la danse, de la musique et des chants, il y a les acrobaties, les prouesses physiques, la lutte et, plus fondamentalement, le jeu.

Plus précisément encore, la capoeira, c’est essentiellement un rituel.

Et si on parle de rituel, cela présuppose une allégorie, un récit symbolique qui donne un sens aux actions, un récit qui doit être réactualisé à chaque fois que le jeu a lieu, peu importe l’endroit, peu importe l’époque et, surtout, peu importe les acteurs qui y prennent part.

Ce récit de la capoeira, c’est celui de l’esclave en quête de libération.

Au sens propre, c’est la libération du corps, mais au sens figuré, c’est aussi celle de l’esprit. Le capoeiriste cherche ainsi à s’affranchir de toute contrainte, il cherche la liberté du mouvement et de la pensée.

En repoussant sans cesse ses limites, il redéfinit la frontière entre le possible et l’impossible. C’est très certainement l’une des raisons qui expliquent la popularité actuelle de cet art à travers le monde.

De l’histoire contemporaine de la capoeira, il faut retenir que deux styles sont nés au XXe siècle, chacun ayant un représentant désormais célèbre: la capoeira angola, rendue fameuse sous l’égide du maître Pastinha, et la capoeira regional, créée et diffusée par le maître Bimba.

Bien qu’il ait pu y avoir des conflits entre les représentants des deux tendances, le bon capoeiriste se doit de connaître et de valoriser chacune d’elle. C’est du moins la philosophie de notre école, Sul da Bahia.

Quant à l’événement nommé batizado, c’est au maître Bimba que revient le mérite de l’avoir inventé.

De fait, il comporte deux réalités: un rituel d’initiation, le batizado, qui signifie « baptême » en portugais, et un rituel de passage, nommé plus prosaïquement changement de corde.

L’événement vise plusieurs objectifs.

C’est pour ouvrir le cercle quelque peu hermétique de la capoeira aux non-initiés, les parents, les conjoints et les amis, afin que ceux-ci puissent apprécier les efforts de leurs proches.

C’est aussi l’occasion d’inviter les maîtres, les professeurs et les élèves de l’extérieur pour leur montrer le travail accompli lors de la dernière année.

Toutefois, le rituel existe principalement pour que les élèves puissent démontrer leurs progrès aux maîtres et pour que ceux-ci leur fassent comprendre qu’ils ont encore beaucoup à apprendre.

One Comment

  1. Chaque année, j’ai pour mission de parler devant le public pour expliquer brièvement ce qu’est le batizado. Cette année ne fera pas exception, et comme j’essaie de ne pas (trop) me répéter, je suis venu revisiter le texte de l’année passée. Et j’en ai profité pour le publier sur le Creuzet.

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