Qu’est-ce que la capoeira?

Posted by on 6 Avr 2007 in Arts | 0 comments

La capoeira est un phénomène culturel complexe. Art martial et danse, musique, jeu et philosophie: elle est à l’image de la terre qui l’a vu naître, pleine de contrastes.

En effet, comme le Brésil, elle plonge ses racines dans les cultures indigènes, africaines et européennes, formant un tout unique et original. Pour saisir toutes les nuances de cet art sans pareil, il est bon de connaître un peu son histoire.

Un passé douloureux

Les racines de la capoeira se trouvent liées à une des tragédies les plus importantes de la modernité, c’est-à-dire la traite des Noirs. Pendant trois siècles le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques déporta 11 millions d’individus (certains auteurs évaluent ce nombre à 50 millions). À cause des conditions atroces d’emprisonnement, de 10 à 40 % mourraient en cours de route.

Le berceau de la capoeira

C’est dans les villes portuaires de Rio de Janeiro, Salvador et Recife que se développa cet art unique. L’environnement urbain fut important dans l’évolution de la capoeira parce que c’est là que l’on trouvait des « esclaves de gains » (escravos de ganho en portugais). Ceux-ci vendaient des produits ou offraient des services aux citadins et donnaient ensuite leur revenu au seigneur dont ils étaient la propriété. Comme ils travaillaient la plupart du temps sans supervision, ils avaient beaucoup plus l’occasion de fainéanter que tout autre type d’esclave. C’est dans ces moments de repos qu’ils développèrent le jeu de la capoeira, exercice ludique et discipline corporelle pouvant être utilisée à des fins martiales.

La couronne ne voyait pas cet art d’un bon œil, car elle en percevait l’aspect périlleux pour l’ordre établi. On passa donc à réprimer durement toute manifestation du genre, infligeant jusqu’à trois cent coups de fouet au capoeiriste pris en flagrant. De plus, on étiquetait ceux-ci de vauriens et de vagabonds, ou malandros en portugais. Fiers de leur négritude, refusant ce terme réducteur, ils détournèrent le sens péjoratif de malandro et développèrent l’idée de la malandragem. Par ce terme, les capoeiristes en vinrent à évoquer la capacité à survivre malgré l’adversité, usant de débrouillardise et de ruse pour arriver à cette fin.

La capoeira contemporaine

L’histoire moderne de la capoeira a bifurqué au cours du XXe siècle. Deux héritages sont parvenus jusqu’à nous. D’un côté, maître Bimba créa la capoeira regional. De l’autre, maître Pastinha consacra la capoeira de Angola. Ces deux maîtres firent beaucoup pour redorer le blason de cet art marginal, particulièrement en la retirant de la rue où elle était auparavant pratiquée. Grâce à leur travail, la capoeira est aujourd’hui enseignée partout dans le monde et elle jouit d’un statut respectable au Brésil.

Leave a Reply