Des anges dans la nuit

Posted by on 25 Mar 2007 in Fables de fantaizie, Scribouillure | 0 comments

Gustave Gontran Geoffroy Gaspard de Grandgalet n’était pas homme à avoir peur de l’inconnu. Depuis le jour où il avait quitté sa bourgade natale en compagnie de Fradéric Narois Noron Nuvel de Moulinvif sur l’ordre des chamans afin de retrouver et protéger la mère de l’enfant de l’Oracle, il avait vu tant de merveilles et d’horreurs que rien ne pouvait le dérouter. Ou ainsi pensait-il, même s’il s’en étonnait parfois.

Fradéric et Gustave furent, de tous ceux qui partirent, les guerriers qui trouvèrent la mère de l’enfant. Les péripéties qui entourent cette découverte valent à elles seules une soirée de contes auprès du feu et, puisque ce n’est pas le but du présent récit, contentons-nous de dire que nos deux compagnons rencontrèrent des hautes gens de grandes importances avec qui ils voyageaient désormais, puisque c’étaient les compagnons de la Mère. Il y avait dans cette compagnie Estaban Lestemain, surintendant du royaume de Qyalia où ils se dirigeaient présentement, Maître Narfel, frère alchimiste du roi de Qyalia, et les membres de l’Ordre du dragon.

C’était un de ces soirs où les voyageurs n’avaient pas rencontré d’auberges sur leur chemin. Ils avaient décidé de monter un camp pour la nuit, ce qu’ils avaient fait à bonne distance de la route pour ne pas être importunés.

Frad fut le dernier à aller se jeter dans les bras de Morphée et, dans le campement endormi, il ne restait plus que Gus qui montait la garde. Il se retira un peu dans la pénombre pour s’y accoutumer, sinon, il aurait fait une trop bonne cible pour n’importe quel rôdeur qui se serait adonner à passer dans les parages. Cela comportait un mauvais côté, il ne pouvait pas profiter de la chaleur des flammes, ce qui le privait d’un confort qu’il n’aurait pas refusé. Mais le plus important était de protéger la mère de l’Enfant et pour cela, il était prêt à faire n’importe quel sacrifice.

Il se mit à réfléchir à ces quelques mois, à peine plus d’une année, depuis qu’ils avaient quitté leur village sur l’ordre des shamans. Cela lui paraissait une éternité! Jamais il n’avait cru qu’ils trouveraient la Mère… Et que d’aventures ce fut: les elfes, les démons, la magie! Qui l’eut cru? Certainement pas lui.

À un moment donné, Gus se rendit compte qu’il entendait, depuis quelques temps déjà, des bruits provenant de la rivière tout près, des bruits comme de gros saumons qui semblaient frayer.

Grand passionné de pèche, il fut irrésistiblement attiré.

Il prit son fil et son hameçon, trouva, après quelques temps dans la noirceur, une branche pour lui servir de canne a pèche, puis s’en alla en direction de la rivière.

Ce qu’il vit n’avait rien à voir avec des saumons qui frayaient!

Il resta pétrifié sur place en apercevant les plus belles créatures qu’il avait jamais vues. Cinq jolies demoiselles se baignaient doucement dans l’eau fraîche, complètement et indubitablement nues sous le regard bleuté de la lune.

La sombre clarté leur donnait un aspect hors de ce monde : leur visage, parfaitement ciselé comme des statues de marbre, était aussi expressif que celui des enfants; leurs cheveux comme la soie attirait la caresse; leurs épaules frêles cherchaient à être embrassées; leur peau satinée supplantait le satin le plus cher; leurs seins, même menus, annonçaient une volupté digne des pêches les plus mûres et dont on voulait irrésistiblement se délecter; et leur ventre! Leur mignon petit ventre, impeccablement rebondi et galbé, était tel un coussinet velouté sur lequel on pouvait s’étendre pour l’éternité, voguant entre le rêve et la réalité…

Puis la plus belle d’entre elles l’aperçu. Et quel regard foudroyant elle avait! Gus aurait pu contempler ces yeux crépusculaires jusqu’à la fin des temps, et même un peu plus longtemps.

Elle baissa le regard, timide, et esquissa un petit sourire en coin qui révéla une jolie fossette… Gus fut charmé, enchanté, ravi à jamais. Il rougit et voulu détourner les yeux, honteux de cette grossière intrusion dans leur délectable intimité. Mais c’était plus fort que lui, il ne pouvait cesser de contempler une telle scène. Il la dévisageait ainsi, figé sur place comme une pierre depuis le début du monde. Et elle le regardait de biais sous ses longs cils, toujours avec cette attitude timide mais dérangeante. L’eau de la rivière embrassait ses hanches et elle se tenait les mains derrière le dos, la poitrine saillante. Les autres baigneuses ne laissaient poindre que leurs regards mystérieux au-dessus de la surface coulante.

La demoiselle s’avança alors doucement vers lui, laissant traîner ses doigts sur le sombre miroir ruisselant. Ses yeux le scrutaient toujours de sous ses sourcils, la tête légèrement penchée. Lui ne voulait que s’enfuir tant il se sentait insignifiant, mais il ne pouvait même pas remuer, ne fut-ce qu’un doigt. Elle semblait venir à lui comme un ange, une ombre si claire à ses yeux dans la lueur bleue offert par la dame des cieux. Sa démarche était sinueuse, ondulée comme les flots de la rivière. Son regard était timide, mais si intimidant à la fois! Gus voyait s’avancer vers lui la déesse de la nuit.

Ce fut quand elle sortit de l’eau que Gus crut mourir, sa poitrine explosant sous le coup d’une trop vive émotion!

Cependant son coeur se remit à battre, il n’avait manqué qu’une mesure…

Lorsque la créature ne fut qu’à quelques pas, Gus tomba à genoux sans pouvoir articuler quoi que ce soit.

Quel sot! pensa-t-il furieusement. Elle mériterait tous les odes de la terre et je ne suis pas à même d’articuler un seul mot!

Bien en face de lui, elle étendit un bras et sa main vint caresser son visage. Toute la foudre du ciel semblait se communiquer, bizarrement, à travers ce tendre effleurement. Puis, le paradis lui prit la main et l’entraîna dans la rivière, où on lui ouvrit les portes d’Onirie. Jamais Gus ne fut aussi heureux de toute sa vie.

Le lendemain matin, personne ne comprit où était passé Gustave. Ils virent ses traces qui se rendaient à la rivière, mais, de là, il n’y avait plus rien. Gus s’était envolé! On passa la journée à le chercher, mais en vain. Frad était fortement secoué d’avoir perdu son compagnon… Ce ne fut pas avant le surlendemain que ses amis réussirent à le convaincre, à grand-peine, de poursuivre la route.

Leave a Reply